Certains lieux ne se choisissent pas. Ils s’imposent.
J.J. Abrams aurait pu tout tourner à Pinewood Studios, devant des fonds verts immaculés. La technologie le permettait. Il a dit non. Et ce choix — contre-intuitif pour un blockbuster à 200 millions de dollars — est précisément ce qui sépare Le Réveil de la Force des trois préquelles. Des lieux réels ancrent une fiction dans quelque chose de viscéral que le spectateur ressent sans pouvoir l’expliquer. Alors, quels sont ces endroits ? Et au prix de quoi ont-ils été filmés ?
À retenir
Ce qui unit ces cinq lieux, c’est une logique de résistance. Skellig Michael résiste à l’accès et à l’oubli. Hang En résiste à la domestication. Puzzlewood résiste à l’usure. L’Eyjafjallajökull résiste à la vie elle-même. Seul Abu Dhabi ne résiste à rien et c’est précisément pour ça qu’il est le maillon faible de cette liste, malgré ses dunes photogéniques. Abrams a construit un film sur des lieux indomptables. La vraie question que ça pose pour 2026, à l’heure où l’IA génère des décors photoréalistes en trente secondes : est-ce que l’authenticité d’un lieu continuera d’avoir de la valeur à l’écran, ou est-ce qu’on s’en fout déjà ?
L’île qui a failli rester intacte
Skellig Michael, c’est la scène finale. Deux pitons rocheux irlandais posés à quinze kilomètres des côtes du Kerry, classés patrimoine mondial UNESCO depuis 1996, habités par des moines catholiques pendant plus de cinq siècles à partir du VIIe siècle . Un lieu tellement hostile qu’il n’y a ni port, ni électricité, ni aucune infrastructure. Tout — caméras, équipes, matériel — a dû traverser l’Atlantique par bateau depuis le port de Portmagee, par
L’île qui a failli rester intacte
Skellig Michael, c’est la scène finale. Deux pitons rocheux irlandais posés à quinze kilomètres des côtes du Kerry, classés patrimoine mondial UNESCO depuis 1996, habités par des moines catholiques pendant plus de cinq siècles à partir du VIIe siècle . Un lieu tellement hostile qu’il n’y a ni port, ni électricité, ni aucune infrastructure. Tout (caméras, équipes, matériel) a dû traverser l’Atlantique par bateau depuis le port de Portmagee, par tous les temps.
Ce que les making-of ne racontent pas franchement : le tournage a failli ne jamais avoir lieu, et a failli détruire ce qu’il venait filmer. Une guide de l’Office of Public Works, présente sur l’île depuis 28 ans, a publiquement dénoncé des « défaillances de contrôle » non signalées, des conditions de tournage bafouées et des données écologiques incomplètes présentées au ministère du Patrimoine irlandais pour obtenir l’autorisation. L’équipe initiale prévoyait 300 personnes sur site. L’intervention du National Parks and Wildlife Service a réduit ce chiffre à 60, de justesse. Des oisillons de pétrels des tempêtes — qui nichent dans les marches monastiques millénaires — étaient encore dans leurs nids pendant que des équipes chargées de matériel lourd marchaient dessus douze heures par jour.
Ce que les making-of ne racontent pas franchement : le tournage a failli ne jamais avoir lieu, et a failli détruire ce qu’il venait filmer. Une guide de l’Office of Public Works, présente sur l’île depuis 28 ans, a publiquement dénoncé des « défaillances de contrôle » non signalées, des conditions de tournage bafouées et des données écologiques incomplètes présentées au ministère du Patrimoine irlandais pour obtenir l’autorisation. L’équipe initiale prévoyait 300 personnes sur site. L’intervention du National Parks and Wildlife Service a réduit ce chiffre à 60, de justesse. Des oisillons de pétrels des tempêtes — qui nichent dans les marches monastiques millénaires — étaient encore dans leurs nids pendant que des équipes chargées de matériel lourd marchaient dessus douze heures par jour.
Je me souviens avoir lu ces révélations après avoir vu le film, conquis par la beauté sauvage de la scène finale. La leçon brutale que j’en ai tirée : la magie cinématographique a souvent un coût écologique que personne ne chiffre dans les dossiers de presse. La prochaine fois que vous verrez un « lieu somptueux », posez-vous la question de ce qu’elle a coûté à l’endroit lui-même.
La jungle qui avale tout
Hang En, au Vietnam, c’est la troisième plus grande grotte du monde, façonnée il y a 400 millions d’années, avec son propre microclimat, ses 130 mètres de hauteur et une rivière turquoise qui la traverse . Pour y accéder, l’équipe a dû traverser plusieurs kilomètres de jungle dense dans le parc national de Phong Nha-Kẻ Bàng. Aucun accès routier, aucune facilité logistique.
Ce qui me fascine dans ce choix, c’est qu’il aurait été infiniment plus simple de reconstituer une grotte en studio. Abrams a préféré l’inconfort réel à la perfection simulée. Est-ce que vous, sur votre prochain projet, vous vous imposez volontairement des contraintes qui vous forcent à trouver de meilleures solutions ? Ou est-ce que vous optimisez systématiquement pour le confort ?
Puzzlewood : la forêt qui refuse d’être banale
La forêt de Dean, dans le Gloucestershire, abrite Puzzlewood — un labyrinthe de roches moussues, de ravins et de passerelles en bois qui a déjà servi pour Doctor Who, Merlin et Harry Potter . C’est ici qu’a été filmé l’affrontement entre Rey et Kylo Ren . J’avais longtemps cette conviction (arrogante, je l’admets) que ce type de forêt « de fantasy » s’userait à force d’être réutilisée. Qu’un jour, le spectateur reconnaîtrait le décor et sortirait du film.
J’avais complètement tort. Puzzlewood résiste parce que ses formations géologiques carbonifères, vieilles de 340 millions d’années, produisent une géographie qui n’existe nulle part ailleurs sous cette forme. Chaque production y lit quelque chose de différent. Ce n’est pas de la polyvalence, c’est de l’inépuisabilité. La distinction est importante.
Abu Dhabi : l’erreur que personne n’ose nommer
Voici ma position impopulaire : choisir Abu Dhabi pour les scènes d’ouverture du film était une décision artistiquement paresseuse, économiquement motivée. Disney a bénéficié d’une remise de 30% sur les coûts de production accordée par les Émirats arabes unis, gérée par twofour54, la structure de production locale. Le désert d’Abu Dhabi est magnifique, certes. Mais après la Tunisie pour Tatooine, après la Jordanie pour d’autres productions, rejouer la carte « désert = planète lointaine et aride » pour la énième fois, c’est du recyclage d’imaginaire, pas de la création .
Ce n’est pas le leiu qui est en cause, c’est le manque d’audace dans ce qu’on en fait. Quand Skellig Michael redéfinit visuellement ce qu’est un « bout du monde galactique », Abu Dhabi confirme simplement ce qu’on attendait. La différence entre un lieu de tournage et un lieu de tournage mémorable, c’est ça.
L’Islande : là où la planète ressemble à une autre planète
Le glacier d’Eyjafjallajökull, sixième plus grand glacier islandais avec ses 78 km², a accueilli les scènes de la planète Hoth . C’est le même volcan-glacier qui avait paralysé l’intégralité du trafic aérien européen en 2010 pendant plusieurs semaines. Un lieu qui, dans la mémoire collective récente, évoque déjà l’impuissance humaine face aux forces naturelles.
Filmer là-bas, c’est exploiter une mémoire culturelle réelle pour renforcer une fiction. Pas besoin d’expliquer au spectateur européen que cette planète est hostile et incontrôlable, son inconscient collectif l’a déjà intégré. C’est ça, le vrai travail d’un directeur de lieux de tournage : ne pas juste trouver un bel endroit, mais trouver un endroit qui porte déjà du sens avant même que la caméra ne tourne.
Pour compléter cet inventaire des lieux de tournages, découvrez notre article consacré à 18 lieux de tournage Star Wars à visiter.
Consultez l’Atlas Galactique des lieux de tournage Star Wars









