Un appareil peut produire des images remarquables et passer l’essentiel de sa vie dans un tiroir. Depuis 1959, les PEN s’attaquent à ce paradoxe : rendre la photographie créative assez légère pour accompagner une journée ordinaire. De l’argentique Olympus au numérique OM SYSTEM, la technologie et la marque ont changé. L’ambition reste la disponibilité.
- À retenir
- Le grand appareil n’est pas toujours le bon appareil
- Olympus PEN : le « jouet » que l’on ne voulait pas fabriquer
- Un succès ne suffit pas à changer les règles
- En 2009, Olympus reprend l’idée, pas le négatif
- Le rétro devient utile lorsqu’il change un geste
- Les objectifs qui préservent l’esprit PEN
- Olympus s’efface de la façade, pas de la généalogie
- Une place dans la journée, pas seulement dans le sac photo
- Les objectifs qui empêchent le PEN de devenir un appareil comme les autres
À retenir
Le premier Olympus PEN adopte le demi-format pour conjuguer compacité, qualité et économie de pellicule. Le Pen F transforme ensuite cette approche en système reflex à objectifs interchangeables. Avec l’E-P1 de 2009, le nom passe au numérique Micro 4/3 ; le PEN-F de 2016 rapproche les réglages créatifs du déclenchement. Après le transfert de l’activité photo d’Olympus à OM Digital Solutions en 2021, le nouvel OM SYSTEM PEN présenté en septembre 2026 poursuit cette recherche. Le lien entre ces appareils n’est pas leur surface d’image : c’est la volonté de rendre un équipement photographique ambitieux plus facile à garder auprès de soi.
Le grand appareil n’est pas toujours le bon appareil
La qualité maximale et l’utilité quotidienne ne se confondent pas.
C’est tout l’intérêt de l’histoire des PEN. Elle ne raconte pas seulement comment fabriquer des appareils plus petits. Elle pose une question autrement dérangeante : à quoi sert une supériorité technique si l’équipement qu’elle impose vous décourage de l’emporter ?
En 1959, Yoshihisa Maitani cherche un appareil compact, accessible et capable de produire de bonnes photographies. Dans son témoignage conservé par Olympus, il distingue deux obstacles à la conception : les limites techniques et les idées reçues. Les secondes méritent autant d’attention que les premières.

L’Olympus PEN répond avec le demi-format. Il expose une image d’environ 18 × 24 mm sur une pellicule 35 mm ordinaire, au lieu du traditionnel 24 × 36 mm. Une pellicule de 36 poses permet ainsi, en principe, d’obtenir 72 photographies. Pour une même longueur de film, le photographe dispose de deux fois plus de vues.
Le compromis est réel : un négatif plus petit offre moins de marge à l’agrandissement. Mais cette réduction s’inscrit dans un projet cohérent, associant faible encombrement, économie d’usage et qualité optique. L’histoire officielle du premier Olympus PEN rappelle le prix de vente initialement visé, 6 000 yens, et la place essentielle de l’objectif D.Zuiko dans cette proposition.
Moins de surface par image. Davantage d’occasions de photographier.
Ce choix mérite mieux qu’une lecture nostalgique du demi-format. Il répond à des contraintes concrètes de coût et de transport. Pourtant, le premier obstacle se trouve, semble-t-il, dans l’usine.

Olympus PEN : le « jouet » que l’on ne voulait pas fabriquer
Selon le récit biographique de Maitani, le responsable de l’usine refuse de produire le premier PEN, qu’il considère comme un appareil-jouet. La fabrication doit être confiée à un sous-traitant. La demande dépasse ensuite les attentes.
L’anecdote est révélatrice : ce qui rend l’appareil suspect aux yeux de l’industriel participe précisément à son intérêt pour le public.
Petit ne signifie pas insignifiant. Il faut parfois un succès commercial pour que cette évidence soit admise.
Olympus ne s’arrête d’ailleurs pas au compact à objectif fixe. En 1963, le Pen F apporte au demi-format une architecture reflex et des objectifs interchangeables. Son miroir se déplace latéralement ; son obturateur rotatif contribue à une mécanique inhabituelle. La compacité devient le point de départ d’un système photographique, pas seulement d’un appareil économique.

Il faut garder les noms et les catégories distincts. Le PEN original de 1959 est un compact à objectif fixe. Le Pen F argentique de 1963 est un reflex demi-format à objectifs interchangeables. Leur ambition se rejoint, mais leurs possibilités et leur construction diffèrent.
Cette sophistication ne suffit pourtant pas à faire du demi-format la nouvelle norme.
Un succès ne suffit pas à changer les règles
Maitani espérait que le Pen F entraînerait les concurrents et ouvrirait un mouvement plus large autour du reflex demi-format. Dans son récit historique, il parle pourtant d’un échec. L’analyse publiée par Camera Times rattache ce jugement à l’absence de l’élan industriel attendu, non à un supposé insuccès du premier PEN.

La nuance est capitale.
Un appareil peut trouver sa place sans imposer sa vision du marché. Résoudre un problème de conception ne signifie pas que les autres fabricants accepteront de revoir leurs priorités.
Cet épisode empêche de transformer l’histoire des PEN en récit trop parfait. La famille ne progresse pas selon une ligne droite où chaque génération confirmerait inévitablement la précédente. Elle explore des compromis, rencontre des résistances et change de moyens.
C’est précisément pourquoi son passage au numérique reste cohérent.
Le demi-format était une solution. Pas une religion.
En 2009, Olympus reprend l’idée, pas le négatif
Présenté le 16 juin 2009, l’Olympus PEN E-P1 est le premier hybride Micro 4/3 d’Olympus. Il ne faut pas élargir cette affirmation : « premier Micro 4/3 d’Olympus » ne signifie pas « premier Micro 4/3 du marché ».
L’appareil conserve les objectifs interchangeables, mais abandonne la pellicule et la mécanique reflex. Il associe un capteur Live MOS au format 4/3 à une architecture sans miroir. Le demi-format argentique et le Micro 4/3 numérique ne désignent donc ni la même surface d’image ni le même fonctionnement.
Leur parenté se trouve ailleurs.
Comme l’explique la présentation historique de l’E-P1 par OM Digital Solutions, le retour du nom PEN accompagne la recherche d’un équilibre entre encombrement, qualité et liberté photographique. Une nouvelle architecture poursuit une ambition ancienne.
Les six filtres artistiques de l’E-P1 ajoutent une dimension supplémentaire. L’appareil ne facilite plus seulement le transport ; il propose aussi des rendus directement accessibles à la prise de vue.
On peut préférer ne pas les utiliser. Leur présence pose néanmoins une bonne question : pourquoi faudrait-il systématiquement attendre le retour devant un ordinateur pour commencer à décider de l’apparence d’une photographie ?
Avec le PEN-F numérique, cette décision prend une place encore plus visible.
Le rétro devient utile lorsqu’il change un geste
En 2016, Olympus présente le PEN-F numérique. Le nom renvoie au reflex argentique, mais l’appareil est un hybride Micro 4/3 doté d’un capteur d’environ 20 millions de pixels, d’une stabilisation sur cinq axes et d’un viseur électronique intégré.
Son apport le plus singulier ne tient pourtant pas à cette accumulation de caractéristiques.
Une commande en façade donne accès aux fonctions créatives, notamment aux profils couleur et monochrome. Le photographe peut ajuster son rendu et en observer les effets dans le viseur avant de déclencher. Dans son communiqué de lancement du PEN-F, Olympus rapproche cette démarche des choix de pellicule, de développement et de tirage associés à l’argentique.
Le PEN-F ne reproduit pas une pellicule. Il remet une décision au moment de photographier.
Voilà pourquoi son contrôle du rendu importe davantage, dans cette histoire, que sa seule apparence rétro. Une silhouette classique peut donner envie de prendre l’appareil. Une commande bien placée peut modifier ce que l’on en fait.
Il reste néanmoins une frontière à ne pas effacer : un profil monochrome ne choisit ni le sujet ni le cadre. Il permet d’appliquer une intention, pas de s’en dispenser.
Et cette liberté dépend aussi de ce que l’on monte devant le boîtier.
Les objectifs qui préservent l’esprit PEN
La compacité ne s’arrête pas à la monture.
Sur les Pen F argentiques, le F.Zuiko Auto-S 38 mm f/1,8 occupe une place emblématique. Il figure dans la première gamme d’objectifs, aux côtés du 25 mm f/4, du 100 mm f/3,5 et du zoom 50–90 mm f/3,5. Les brochures historiques du Pen F rappellent ainsi que le demi-format pouvait soutenir plusieurs pratiques photographiques, et pas seulement produire un appareil miniature.
Le numérique reprend ce dialogue entre possibilités et encombrement.
Le M.Zuiko Digital 17 mm f/2,8 pancake, contemporain du lancement de l’E-P1 en 2009, constitue l’un des symboles les plus nets du retour des PEN. Avec 22 mm de longueur et 71 g, il offre un angle de champ équivalent à celui d’un 34 mm en 24 × 36. Il laisse au boîtier une chance de rester réellement compact une fois équipé.
Ce n’est pas un détail de confort. Pour un appareil destiné à accompagner le quotidien, l’encombrement fait partie de la performance.
Le M.Zuiko Digital 17 mm f/1,8 propose un autre équilibre : davantage de luminosité, avec le même cadrage équivalent à 34 mm. Sa première version possède une bague de mise au point permettant de passer rapidement de l’autofocus au réglage manuel.
La version OM SYSTEM 17 mm f/1,8 II conserve cette focale et cette ouverture tout en ajoutant une protection annoncée contre la poussière et les éclaboussures. Le 25 mm f/1,8, lui aussi décliné en version II en 2025, offre un cadrage équivalent à celui d’un 50 mm. Ces objectifs ne remplissent pas exactement le même rôle : le 17 mm laisse davantage de place au contexte ; le 25 mm resserre le cadre.
Pour une photographie quotidienne dont les sujets ne sont pas toujours prévus, le 17 mm représente un choix particulièrement cohérent. Non parce qu’il serait supérieur en toutes circonstances, mais parce que son cadrage permet de conserver une personne dans son environnement ou un détail dans la scène qui lui donne du sens.
Pourquoi faudrait-il posséder toutes les focales pour être prêt ?
L’objectif le plus fidèle à l’esprit PEN n’est pas nécessairement le plus spectaculaire. C’est celui qui rend l’ensemble assez agréable à porter pour qu’il sorte encore demain.
Olympus s’efface de la façade, pas de la généalogie
Le transfert de l’activité imagerie d’Olympus à OM Digital Solutions devient effectif le 1er janvier 2021. L’annonce officielle du transfert permet de distinguer l’entreprise qui reprend cette activité et les marques commerciales : le changement de propriétaire ne rebaptise pas instantanément tous les appareils.
En septembre 2026, le nouveau modèle porte explicitement le nom OM SYSTEM PEN. Les événements officiels de découverte commencent le 9 septembre. La famille poursuit son parcours sous une autre marque, toujours au sein du système Micro 4/3.
Le nouvel appareil associe un capteur de 20,4 mégapixels, un viseur électronique latéral, une stabilisation sur cinq axes et un autofocus à détection de phase reconnaissant notamment les humains, les chats et les chiens en photographie. Les profils couleur et monochrome personnalisables prolongent la place donnée à la création directement dans le boîtier.
Notre test de l’OM SYSTEM PEN prolonge cette perspective historique par une évaluation du modèle actuel, de son positionnement et de ses usages.
Mais, pour juger sa fidélité à l’idée PEN, un chiffre mérite autant d’attention que les fonctions : 393 g avec batterie et carte mémoire, sans objectif. OM SYSTEM annonce un ensemble d’environ 500 g avec certaines petites focales fixes ou un zoom standard.
« Sans objectif » : deux mots qui changent l’évaluation.
Un boîtier léger ne garantit pas un équipement léger. Une optique volumineuse peut faire d’un PEN un excellent appareil, mais un compagnon moins évident au quotidien.
Même vigilance pour la résistance aux intempéries. La fiche officielle de l’OM SYSTEM PEN précise que la protection IPX1 annoncée suppose l’emploi d’un objectif OM SYSTEM résistant aux éclaboussures. Elle ne transforme pas n’importe quelle combinaison boîtier-objectif en ensemble étanche.
Pour ceux qui hésitent entre cette approche urbaine et un autre boîtier de la marque, notre comparatif entre l’OM SYSTEM PEN et l’OM-5 Mark II replace le choix dans les usages plutôt que dans la seule parenté technique.
La promesse doit être jugée sur l’appareil réellement utilisé, pas sur le boîtier isolé dans une fiche technique.
Une place dans la journée, pas seulement dans le sac photo
Il serait facile de conclure que les PEN privilégient la petitesse au détriment de l’ambition. Leur histoire montre plutôt une volonté de réorganiser les priorités.
Le coût d’usage, l’encombrement, les objectifs interchangeables et les réglages créatifs ont successivement servi la même recherche : rendre la photographie moins contraignante à emporter. Les solutions changent ; cette intention traverse les générations.
Elle mérite pourtant d’être vérifiée sans indulgence pour le nom ni pour le dessin du boîtier.
Ajouter une fonction est une chose. Faire en sorte qu’un appareil reste disponible dans une journée qui n’a pas été organisée autour de lui en est une autre.
Un appareil réservé aux sorties photo peut être remarquable. Un appareil emporté sans projet précis laisse une autre porte ouverte : rencontrer une image avant d’avoir décidé de la chercher.
Les objectifs qui empêchent le PEN de devenir un appareil comme les autres
La compacité ne s’arrête pas à la monture.
Raconter les PEN sans leurs objectifs reviendrait à oublier la moitié du projet. Une optique peut préserver la discrétion du boîtier, lui donner accès à des scènes moins lumineuses ou, au contraire, transformer un petit appareil en équipement que l’on hésite à emporter.
Sur les Pen F argentiques, le F.Zuiko Auto-S 38 mm f/1,8 occupe une place emblématique. Il figure dans la première gamme d’objectifs, aux côtés du 25 mm f/4, du 100 mm f/3,5 et du zoom 50–90 mm f/3,5. Cette diversité rappelle que le reflex demi-format ne se limitait pas à une curiosité miniature : Olympus construisait un système capable de couvrir plusieurs pratiques photographiques.
Le 38 mm f/1,8 résume particulièrement bien cette ambition : une focale fixe lumineuse associée à un appareil compact à objectifs interchangeables. Plus tard, le 38 mm f/2,8 pancake pousse davantage la recherche d’un faible encombrement. Ces deux objectifs incarnent deux réponses différentes à la même question : faut-il privilégier l’ouverture ou la minceur ?
Le numérique reprend ce dilemme.
Le M.Zuiko Digital 17 mm f/2,8 pancake, contemporain du lancement de l’E-P1 en 2009, constitue l’un des symboles les plus nets du retour des PEN. Avec 22 mm de longueur et 71 g, il offre un angle de champ équivalent à celui d’un 34 mm en 24 × 36. Son intérêt ne demande pas une longue démonstration : il laisse au boîtier une chance de rester réellement compact une fois équipé.
Voilà une qualité que les comparatifs traitent parfois comme un détail. Pour un appareil destiné à accompagner le quotidien, elle fait pourtant partie de la performance.
Le M.Zuiko Digital 17 mm f/1,8 propose un autre équilibre : davantage de luminosité, toujours avec un cadrage équivalent à 34 mm. Sa première version possède une bague de mise au point à deux positions permettant de passer de l’autofocus au réglage manuel. Ce détail compte pour qui veut reprendre rapidement la main, sans faire du menu un passage obligé.
La version OM SYSTEM 17 mm f/1,8 II conserve cette focale et cette ouverture, dans un objectif de 112 g et de 37,6 mm de longueur, avec une protection annoncée contre la poussière et les éclaboussures. Il ne faut donc pas confondre les générations : elles partagent une destination générale, mais pas toutes leurs caractéristiques.
À ses côtés, le 25 mm f/1,8, également décliné en version II en 2025, correspond à un angle de champ équivalent à celui d’un 50 mm en plein format. Le choix entre ces deux focales n’est pas une affaire de hiérarchie : le 17 mm laisse davantage de place au contexte ; le 25 mm resserre le cadre.
Pour le fil conducteur de cet article, je retiens le 17 mm plutôt qu’une optique plus spécialisée. Son cadrage permet de garder une personne dans son environnement, une table dans une pièce, un détail dans la rue. Il correspond à une photographie qui ne sait pas toujours à l’avance ce qu’elle rencontrera.
Mais pourquoi faudrait-il posséder toutes les focales pour être prêt ?
Les objectifs les plus cohérents avec l’esprit PEN ne sont pas nécessairement les plus spectaculaires. Ce sont ceux qui rendent l’ensemble assez agréable à porter pour qu’il sorte encore demain.

