L’histoire de la photographie vient de prendre un tournant inattendu. Pendant des décennies, nous avons tous cru que le Nikon F était le premier système d’appareil photographique reflex mono-objectif (SLR) au format 35 mm destiné aux professionnels. Erreur ! Un appareil est-allemand méconnu l’a devancé de six années.
Un champion oublié émerge de l’ombre
Le Praktina FX a fait ses débuts au salon Photokina de 1952 à Cologne. Siegfried Böhm et son équipe de trente personnes chez Kamera-Werkstätten à Dresden ont créé quelque chose de révolutionnaire. Début 1953, l’appareil arrivait sur le marché. Le Nikon F ? Il a fallu attendre 1959.
Cette réévaluation historique bouleverse nos certitudes. Elle remet les pendules à l’heure concernant l’innovation photographique de l’après-guerre dans le domaine des SLR 35 mm à système.

Des innovations qui ont façonné l’avenir
Le Praktina FX n’était pas qu’un simple appareil photo. C’était un concentré de technologies avant-gardistes :
- Viseurs interchangeables permettant d’adapter la visée à chaque situation
- Verres de visée modulables pour une personnalisation poussée
- Monture à baïonnette offrant un changement d’objectif rapide et sécurisé
- Dos interchangeables pour varier les formats et capacités
- Entraînement par moteur automatisant la prise de vue
Toutes ces caractéristiques sont devenues la norme. Pourtant, elles existaient déjà dans les années 1950 !
Une polyvalence impressionnante
L’appareil proposait des moteurs à ressort capables de capturer vingt images sur une seule tension. Les photographes exigeants pouvaient opter pour des moteurs électriques avec télécommande. Imaginez : un dos spécial contenait dix-sept mètres de pellicule. Cela représentait 450 expositions sans recharger !
Les options de visée incluaient un pentaprisme et des viseurs loupe. La gamme d’objectifs s’étendait de 35 à 500 mm. Des fabricants prestigieux comme Zeiss, Meyer Optic, Schacht, Schneider et Steinheil fournissaient l’optique.
L’avis des experts de l’époque
Herbert Keppler, dans Modern Photography de mars 1957, ne tarissait pas d’éloges. Il affirmait que le Praktina était « tout à fait adapté au travail professionnel ». Sa robustesse lui permettait d’encaisser de nombreux mauvais traitements.

Le prix ? L’appareil coûtait 239,50 $ avec un Carl Zeiss Jena 50 mm f/2.8 Tessar. Avec le lumineux 50 mm f/2 Biotar, il fallait débourser 297,50 $. Aujourd’hui, cela équivaudrait à environ 2 197 $ et 2 729 $.
La chute d’un géant méconnu
Malgré son génie technique, le Praktina a connu des jours difficiles. Le modèle amélioré Praktina IIA est sorti en 1958. Mais mai 1960 a marqué la fin de la production.
Deux facteurs ont scellé son destin. D’abord, les coûts de fabrication de cet appareil complexe ont explosé. Ensuite, les fabricants japonais ont intensifié leur offensive commerciale. Le Nikon F, lancé en 1959, s’est imposé comme la référence absolue.
Un héritage injustement éclipsé
Le Nikon F est resté en production jusqu’en 1973. Il a établi les standards des systèmes reflex mono-objectif professionnels au format 35 mm. Pourtant, la vérité historique est claire : le Praktina FX l’a précédé de six ans. Elle devance même le Canon F1 de dix-sept années !
Cette découverte nous rappelle une leçon importante. L’innovation ne garantit pas toujours le succès commercial. Parfois, être le premier ne suffit pas. Le timing, le marketing et les conditions économiques jouent un rôle crucial.
Le Praktina FX mérite sa place dans le panthéon de la photographie. Il a tracé la voie que d’autres ont suivie. Son héritage vit dans chaque système SLR 35 mm professionnel moderne à composants interchangeables.
Cette histoire nous invite à questionner d’autres certitudes historiques. Combien d’autres pionniers oubliés attendent leur reconnaissance ?


