En ce mois de janvier 2026, alors que nos smartphones dopés à l’IA transforment la nuit en jour et lissent le moindre défaut de nos visages, Ricoh commet un acte de dissidence magnifique. Sortir un appareil photo qui ne voit qu’en noir et blanc, c’est un peu comme préférer un vinyle qui craque à une playlist Spotify parfaite : c’est un choix d’émotion, pas de raison. J’ai passé deux semaines avec ce petit monolithe noir dans la poche, entre les pavés humides de Paris et les néons de Tokyo, pour répondre à une seule question : peut-on encore justifier 26 millions de pixels sans une seule goutte de couleur ? Spoiler : oui, et c’est même violent.
Au final, ce GR IV Monochrome n’est pas un appareil polyvalent. Et c’est tant mieux. C’est un outil radical pour ceux qui pensent en lumière avant de penser en sujet. Si vous hésitiez avec le modèle standard « au cas où », passez votre chemin. Celui-ci est un engagement. Une promesse de voir le monde différemment.
L’adieu à la matrice (et pourquoi ça change tout)
Il faut qu’on se parle franchement. Beaucoup pensent encore que le noir et blanc, c’est juste un filtre Instagram ou un curseur de saturation qu’on baisse dans Lightroom. C’est faux. Convertir une image couleur, c’est demander à un ordinateur d’interpréter une réalité qu’il a déjà « devinée » via une matrice de Bayer.
Avec le GR IV Monochrome, Ricoh a viré tout ce qui encombrait. Pas de filtre passe-bas, pas de matrice couleur. Chaque photosite du capteur APS-C ne fait qu’une chose : bouffer de la lumière. De la luminance pure.
Je me souviens de cette sortie, mardi dernier, vers Belleville. Il pleuvait des cordes, le genre de bruine qui noie les détails. J’ai photographié un type qui attendait son bus, éclairé juste par un lampadaire. En zoomant sur l’écran arrière , d’ailleurs toujours aussi lisible, bon point Ricoh, j’ai eu un choc. On ne voyait pas juste la texture de son manteau, on sentait presque le grain du tissu. C’est ça, l’absence de dématriçage : un piqué chirurgical, effrayant de précision, qui renvoie les capteurs de 40 mégapixels couleur à leurs études. Et le bruit numérique ? À 6400 ISO, ce n’est pas de la bouillie de pixels, c’est du grain. Organique, serré, vivant. On dirait de la Tri-X 400 qu’on aurait brutalisée au développement. C’est beau, tout simplement.
Mais ce capteur n’est que la moitié de l’histoire, car ce qui se passe devant l’objectif est encore plus intéressant.

La mécanique au service du drame : Le coup du filtre rouge
C’est là que j’ai lâché un petit « wow » silencieux. Sur les anciens modèles, on avait un filtre ND pour gérer le soleil. Pratique, mais pas sexy. Pour cette quatrième itération, les ingénieurs japonais ont eu une idée de génie : intégrer un véritable filtre rouge mécanique.
Pour ceux qui n’ont jamais fait d’argentique, le filtre rouge, c’est l’arme nucléaire du paysagiste et du photographe de rue. Il assombrit les bleus et les verts pour dramatiser le ciel. D’une simple pression sur la touche Fn, un petit « clic » mécanique se fait entendre — très satisfaisant, soit dit en passant — et le filtre s’enclenche physiquement devant le capteur.
L’effet est immédiat. Un ciel de traîne parisien un peu fadasse devient soudainement orageux, profond, presque menaçant. Les nuages se détachent avec une violence contrastée digne des grands maîtres américains. Ce n’est pas du logiciel, c’est de la physique optique. Vous modifiez la lumière avant qu’elle ne touche le capteur, ce qui garde toute la dynamique dans les hautes lumières. C’est un outil de narration incroyable pour transformer une scène banale en quelque chose de théâtral.
Et le plus beau ? Tout ça tient dans le creux de la main, prêt à dégainer plus vite que votre ombre.
Le Ninja de la rue : Invisible et impitoyable
L’ergonomie du GR, c’est une religion. On ne change pas une équipe qui gagne, on l’affine. Ce GR IV reste ce petit bloc compact qu’on glisse dans la poche de son jean sans y penser. Mais ne vous y trompez pas, sous le capot, c’est une bête de course.
La stabilisation 5 axes dans un corps aussi petit relève de la sorcellerie. J’ai réussi à descendre au 1/4 de seconde à main levée pour créer du flou de mouvement sur des passants tout en gardant l’architecture nette. Et puis, il y a cette petite anecdote qui résume tout. J’étais dans le métro à Tokyo, heure de pointe. Avec un gros Leica ou un hybride, sortir l’appareil aurait crispé tout le monde. Là ? Personne ne m’a calculé. Avec son look de compact inoffensif et son déclenchement silencieux, vous êtes un fantôme.
L’autofocus a enfin — enfin ! — rattrapé son retard. Le système à détection de phase accroche bien mieux que sur le IIIx, même dans la pénombre des bars. Mais entre nous, la vraie magie reste le « Snap Focus ». Vous réglez la mise au point à 2 mètres, vous fermez à f/8, et vous oubliez la technique. L’appareil devient le prolongement de votre œil. Pas de latence, pas d’hésitation. Vous voyez, vous déclenchez. C’est instinctif. Et avec les 53 Go de mémoire interne, plus besoin de paniquer parce qu’on a oublié sa carte SD sur le bureau (ça sent le vécu, je sais).
Maintenant, comment dompter la bête pour en tirer le meilleur ? Oubliez le mode Automatique, ce serait un crime.
Recette pour une esthétique brute
Un Ricoh GR IV Monochrome ne se pilote pas ; il se brutalise un peu. Après deux semaines de tests intensifs, voici comment j’ai configuré mon boîtier pour obtenir ce rendu « argentique » sans passer des heures en post-traitement.
D’abord, la gestion de la lumière. En noir et blanc, une zone noire (bouchée) passe très bien, ça structure l’image. Par contre, un blanc brûlé attire l’œil et gâche tout. J’ai donc calé la mesure d’exposition sur « Pondérée Hautes Lumières ». L’appareil va tout faire pour sauver les détails dans les ciels et les reflets, quitte à plonger le reste dans l’ombre. C’est exactement ce qu’on veut : du drame, pas de la grisaille moyenne.
Ensuite, les ISO. N’ayez pas peur. Vraiment. En couleur, le bruit est moche. Ici, c’est de la texture. Je laisse mes ISO monter jusqu’à 25 600 sans trembler, en mode TAv (priorité ouverture et vitesse). Je fixe ma vitesse à 1/500s pour figer l’action — le flou de bougé est votre pire ennemi, pas le grain — et je laisse l’appareil gérer la sensibilité.
Enfin, pour le look, j’ai mappé le fameux filtre rouge mécanique sur le bouton arrière accessible au pouce. Je shoote « clair » par défaut pour maximiser la lumière, et dès que je vois une brique rouge ou un ciel bleu, clic, j’active le filtre. Pour la prévisualisation JPEG, le mode « Hard Monotone » est mon préféré : contraste poussé à +2, clarté à +1. Ça donne un aperçu très contrasté sur l’écran qui aide à composer graphiquement, tout en gardant un fichier RAW plat et riche en sécurité.
Au final, ce GR IV Monochrome n’est pas un appareil polyvalent. Et c’est tant mieux. C’est un outil radical pour ceux qui pensent en lumière avant de penser en sujet. Si vous hésitiez avec le modèle standard « au cas où », passez votre chemin. Celui-ci est un engagement. Une promesse de voir le monde différemment.
A lire également : Ricoh GR IV vs GR III : Lequel Capturera Votre Prochaine Histoire Urbaine ?
L’œil des puristes : Synthèse des premiers avis terrain du
Ricoh GR IV Monochrome
1. PetaPixel (Test USA)
Source : Ricoh GR IV Monochrome Review: Black and White Comes at a Premium
Auteur : Patrick (Chris Niccolls / Jordan Drake team)
« Il n’y a tout simplement rien d’autre sur le marché qui combine une si belle imagerie monochrome… »
« J’ai particulièrement apprécié l’ajout d’un filtre rouge physique… »
« Il y a moins de bruit dans les ombres et une meilleure performance en hauts ISO… »
2. Phototrend (Test France)
Source : Ricoh GR IV Monochrome : le nouveau roi de la photo de rue ?
Auteur : Jean-Nicolas Lehec
« L’absence de matrice de Bayer permet de capter la lumière sans interpolation des couleurs… »
« Nouveauté majeure : un filtre rouge physique vient remplacer le filtre ND intégré… »
« Le ticket d’entrée est élevé pour un compact APS-C… »
3. Le Bistrot de la Photo (Test Vidéo FR)
Source : RICOH GRIV MONOCHROME : 3 JOURS DE TEST AVANT TOUT LE MONDE
« Ce qui frappe tout de suite, c’est cette matière… une texture qui rappelle le grain argentique… »
« C’est un appareil d’égoïste, dans le bon sens du terme… »
4. Apprendre la Photo / Yann Mathias (Test Vidéo FR)
Source : Ricoh GRIV monochrome: the big release test!
« Avoir un filtre rouge physique intégré… c’est du génie pour la photo de rue. »
« Contrairement aux anciens capteurs monochromes… ici le PDAF fonctionne. »
« L’autonomie reste le talon d’Achille… »
5. Keith Wee (Blog Singapour)
Source : Ricoh GR IV review – the legend continues to evolve
« On note une amélioration sensible du micro-contraste et du piqué dans les angles… »
« Le Ricoh GR IV est destiné aux photographes qui privilégient la discrétion… »
6. Communauté Ricoh (Reddit r/ricohGR)
Source : New from Ricoh: the GR IV Monochrome
« C’est le premier appareil photo monochrome à intégrer un autofocus à détection de phase (PDAF) fonctionnel. »
