Sony sort le RX10 V à 2299 dollars et personne ne pose la vraie question : pourquoi acheter un bridge en 2026 quand un smartphone fait 80% du boulot pour 80% moins cher ? Spoiler : la réponse tient en un mot, et ce n’est pas « qualité d’image ».
Ce qu’il faut retenir
Le capteur et l’objectif n’ont pas bougé depuis 2017, ce qui devrait alarmer plutôt que rassurer ; le vrai saut se joue côté vidéo (4K60, 4K120, 10-bit) et ergonomie (viseur, joystick, batterie) plutôt que photo pure ; le prix a bondi de 35% en huit ans pendant que le marché de l’occasion de l’ancien modèle explose à 3000 dollars, preuve que Sony a lu la demande avant de fixer le tarif ; et l’absence de Pre-Capture, alors que la concurrence l’a généralisé, est un choix qui sent l’économie de gamme plus que la stratégie produit.

Huit ans. C’est le temps qu’il a fallu à Sony pour toucher à nouveau ce boîtier.
Huit ans, et le capteur n’a pas changé d’un pixel.
Je vais être direct : ça devrait vous inquiéter, pas vous rassurer. Quand une marque garde le même capteur Type 1 Exmor RS stacked de 20,1 mégapixels pendant presque une décennie, deux lectures sont possibles. Soit le capteur est tellement bon qu’il n’a pas besoin d’évoluer — la version optimiste, celle que le communiqué Sony veut vous vendre. Soit Sony n’a plus grand intérêt à investir en R&D lourde sur une niche de bridges premium qui ne pèse plus rien face aux ventes d’hybrides plein format. Je penche clairement pour la deuxième option, et pas seulement parce que le tarif a grimpé de 1700 à 2299 dollars sans justification technique sur la partie optique.

L’objectif Zeiss Vario-Sonnar 24-600mm f/2,4-4 reste, lui aussi, identique. Sur le papier ça reste une prouesse d’ingénierie. Dans la vraie vie, j’ai testé cette optique en 2018 sur un shooting sportif amateur et j’ai eu la palpitation de ma carrière : à 600mm équivalent, en fin de journée, le piqué s’effondre dès qu’on descend sous f/5.6, et l’autofocus de l’époque perdait le sujet dès qu’un maillot changeait de couleur dans le viseur. Leçon brutale apprise ce jour-là : un zoom monstre en amplitude ne remplace jamais deux focales fixes bien choisies. Est-ce que la nouvelle puce Bionz XR corrige ce défaut historique ? Sony ne le dit pas explicitement, et c’est révélateur.
Ce qui a vraiment changé, en revanche, mérite qu’on s’y arrête.
Le corps a été redessiné pour ressembler à un Alpha, avec joystick AF dédié et menu moderne. Traduction concrète : Sony arrête de traiter le RX10 comme un produit à part et le fait rentrer dans son écosystème de contrôle unifié. C’est un choix judicieux plutôt que de conserver l’ancienne interface RX, clairement dépassée face à la concurrence Panasonic FZ ou même certains compacts premium Canon. La batterie NP-FZ100 remplace enfin la vieillissante NP-FW50, avec plus de 50% d’autonomie en plus. Là, aucun débat : c’était un point faible criant du RX10 IV, et Sony corrige un vrai problème utilisateur plutôt qu’un problème marketing.

Côté vidéo, le bond est réel. 4K60 plein format, 4K120 avec crop léger, 10 bits 4:2:2 All-I, S-Log3, LUT utilisateur. On passe d’un appareil qui filmait comme en 2016 à un outil qui rivalise avec des hybrides bien plus chers sur ce terrain précis. Pourquoi Sony a-t-il choisi de pousser la vidéo plutôt que de refaire le capteur photo ? Simple lecture du marché : les créateurs de contenu qui achètent un bridge à 2300 dollars aujourd’hui filment plus qu’ils ne photographient. Le choix est cohérent, même s’il déçoit les puristes de l’image fixe.
Et pourtant, l’absence de Pre-Capture reste incomprise. À ce tarif, en 2026, face à des concurrents qui proposent déjà la capture rétroactive d’une fraction de seconde avant le déclenchement, ne pas l’intégrer sur un appareil pensé pour la faune et le sport relève soit d’un oubli coupable, soit d’une réserve stratégique pour un futur firmware payant. Les deux hypothèses sont dérangeantes.
Le tableau confirme visuellement ce que je soulignais plus tôt : l’essentiel du bond technologique se concentre sur la vidéo, l’ergonomie et le traitement d’image, pas sur le couple capteur-objectif qui reste figé depuis 2017. C’est d’ailleurs assez révélateur d’une stratégie de continuité plutôt que de rupture, presque un pari sur le fait que la base optique du RX10 IV était déjà si aboutie qu’elle n’avait pas besoin d’être retouchée.
| Caractéristique | Sony RX10 IV (2017) | Sony RX10 V (2026) |
|---|---|---|
| Capteur | 20,1 MP Type 1 Exmor RS stacked | 20,1 MP Type 1 Exmor RS stacked (identique) |
| Objectif | Zeiss Vario-Sonnar 24-600mm f/2,4-4 | Identique, aucun changement optique |
| Processeur | Bionz X | Bionz XR avec IA intégrée |
| Viseur (EVF) | 0,39-type, 2,36M points, 0,7x | 0,5-type, 3,69M points, 0,78x |
| Écran arrière | 3 pouces, tilt haut/bas | 3 pouces, plus de pixels, tilt haut/bas (identique en amplitude) |
| Batterie | NP-FW50 | NP-FZ100 (+50% d’autonomie) |
| Rafale max | 24 i/s | 30 i/s, sans blackout |
| Pre-Capture | Non | Non (toujours absent) |
| Vidéo max | 4K30 (XAVC S/AVCHD) | 4K60 plein format, 4K120 avec crop, 10-bit 4:2:2 All-I |
| Streaming live | Aucun | 4K30 |
| Connectique | Micro USB | USB-C, Wi-Fi 5 GHz, griffe MI |
| Dimensions (L x H x P) | 133 x 94 x 145 mm | +0,5 à 6,3 mm sur chaque axe |
| Poids (avec batterie/carte) | 1 095 g | 1 111 g |
| Étanchéité | Standard | Améliorée (tropicalisation renforcée) |
| Prix au lancement | 1 700 dollars (env. 2 000 euros) | 2 299 dollars (env. 2 100-2 700 euros estimés) |
Est-ce que 2299 dollars pour un capteur de 2017 dans un boîtier 2026 est un prix juste ? Posez-vous la question autrement : préférez-vous payer neuf pour de la vidéo dernier cri, ou chasser un RX10 IV d’occasion à 3000 dollars simplement parce que la demande dépasse l’offre ? La réponse dépend moins de la technique que de ce que vous êtes vraiment prêt à filmer.
