Ne mettez jamais à jour votre boîtier la veille d’une mission : Canon vient de vous le prouver

Anthony
Anthony - Rédacteur en chef
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Canon a corrigé son erreur. Très bien. Mais le plus intéressant n’est pas là. Le plus intéressant, c’est qu’en 2026, même les meilleurs boîtiers du marché peuvent vous planter au moment exact où vous n’avez pas le droit de rater la photo. Et ça, bizarrement, beaucoup trop de médias photo continuent de le raconter comme si ce n’était qu’un détail.

Le meilleur boîtier du monde. Vraiment ?

Il faut dire les choses sans lotion hydratante autour. Le Canon EOS R5 Mark II reste un monstre. Rapide, intelligent, absurdement complet, presque agaçant tant il coche de cases. On comprend très bien pourquoi certains l’ont décrit comme “still the best damn camera you can buy”. Le problème, c’est qu’un boîtier présenté comme une référence absolue n’a pas le droit moral de se figer sur une fonction autofocus aussi concrète que le Touch & Drag AF utilisé avec Whole Area AF.

Et non, ce n’est pas un “petit bug remonté par quelques utilisateurs tatillons”. C’est exactement le genre d’incident qui flingue la confiance. Pas la confiance théorique qu’on affiche dans un test de labo. La vraie. Celle qu’on engage quand on est sur une ligne de touche, dans une salle trop sombre, sur un mariage qui ne repassera pas, ou devant un client qui vous regarde avec cette expression abominable, celle qui veut dire : j’espère au moins que ton matériel, lui, sait ce qu’il fait.

Canon a donc publié le firmware 1.3.1 pour corriger le problème introduit par la 1.3.0, tout en conservant les nouveautés ajoutées auparavant. Sur le papier, c’est propre. Dans la vraie vie, c’est surtout un rappel brutal : une grosse mise à jour n’est jamais une bonne nouvelle tant qu’elle n’a pas survécu à quelques jours d’usage réel.

Et c’est là que ça devient intéressant.

Canon EOS R5 Mark II firmware 1.3.1

La mise à jour que tout le monde voulait, puis plus personne

Parce que oui, la version 1.3.0 avait de quoi exciter n’importe quel utilisateur avancé. Mode Action Priority pour le football américain, amélioration de la détection et du suivi des personnes, support DPRAW, outils vidéo élargis, transfert des réglages AF entre boîtiers. Dit comme ça, on a presque l’impression d’un constructeur qui écoute enfin ses utilisateurs au lieu de leur jeter trois correctifs mineurs et un PDF de 19 pages.

Sauf qu’il y a un vieux piège dans notre petit monde de la photo hybride. On réclame des boîtiers qui évoluent vite, puis on feint la surprise quand cette vitesse produit un angle mort. Soyons honnêtes une seconde : la plupart des photographes disent vouloir de l’innovation continue, mais dans la pratique ils veulent surtout une innovation continue qui ne touche jamais à leur confort. C’est humain. Et c’est impossible.

Je me suis fait avoir là-dessus de manière franchement humiliante. Pas avec Canon, cette fois, mais avec un hybride concurrent que j’avais mis à jour la veille d’un tournage d’interviews corporate. Classique, oui. Stupide, encore plus. Je voulais “partir propre”, avec le dernier firmware, les dernières optimisations, l’impression très virile d’être un professionnel rigoureux. Au deuxième setup, l’écran s’est mis à laguer de façon irrégulière pendant le monitoring. Pas tout le temps. Juste assez pour vous faire douter de votre propre cerveau. J’ai passé vingt minutes à accuser le câble, puis le moniteur, puis moi-même, avant de comprendre que la mise à jour avait tout déréglé. Le client attendait, l’équipe tournait autour de moi en silence, et j’avais ce goût métallique dans la bouche qu’on connaît quand on comprend qu’on a créé soi-même la catastrophe qu’on va devoir absorber.

La leçon a été brutale. On ne met jamais à jour un boîtier principal avant une mission. Jamais. Pas “sauf si”. Pas “normalement ça va”. Jamais.

Le vrai sujet n’est pas le bug. C’est notre naïveté

Ce que cette histoire raconte sur le marché est beaucoup plus vaste qu’un correctif autofocus. Elle raconte à quel point nous avons accepté l’idée qu’un appareil à plusieurs milliers d’euros puisse être traité comme un produit logiciel en évolution permanente. C’est devenu normal. Presque chic. On achète une promesse de machine, puis on attend les firmwares pour obtenir la version vraiment mature.

Je vais être plus brutal que la moyenne : ce n’est pas forcément un scandale. C’est même parfois préférable à l’inverse. Je préfère un constructeur qui bouge, qui tente, qui corrige, plutôt qu’une marque qui sort un boîtier “stable” simplement parce qu’elle ne lui offre plus aucune ambition après la commercialisation. Oui, un firmware vivant peut casser quelque chose. Mais un boîtier figé me paraît souvent plus inquiétant encore. Il vieillit debout. En silence. Et un jour on se rend compte qu’on le défend seulement parce qu’on s’est habitué à ses limites.

J’ai vu ce déni de près sur un événement sportif local, une mission simple en apparence, presque banale. Un confrère bossait avec un boîtier plus ancien qu’il refusait d’abandonner, par fidélité, par orgueil aussi un peu. “Au moins, lui, je le connais.” Sa phrase était presque belle. Jusqu’au moment où le suivi a décroché trois fois sur la même séquence décisive en rafale. Il a continué à prétendre que “le timing” était en cause. C’était faux. Le matériel était dépassé pour l’usage, et il préférait accuser le terrain plutôt que son attachement. Cette scène m’est restée parce qu’elle m’a renvoyé à mes propres excuses. Nous faisons tous ça. Nous romantisons nos habitudes, puis nous appelons ça de l’expertise.

Alors oui, Canon a fauté. Mais ceux qui découvrent aujourd’hui qu’un firmware peut dégrader temporairement une fonction clé ont peut-être raté un épisode plus vaste : la photo haut de gamme est désormais un écosystème vivant, pas une pierre gravée.

Attendre n’est pas être frileux

Il faut même aller plus loin, quitte à vexer les adorateurs du “day one update”. Attendre avant d’installer un firmware n’est pas un comportement de technophobe. C’est souvent le comportement le plus professionnel autour d’un boîtier professionnel.

Je sais que ce réflexe paraît peu glamour. On préfère l’image du photographe à l’affût, informé avant tout le monde, déjà prêt à exploiter la nouvelle fonction pendant que les autres lisent encore la note de version. En réalité, sur le terrain, les héros de la mise à jour immédiate sont souvent les mêmes qui cherchent en catastrophe comment revenir en arrière une fois que le menu personnalisé a sauté, que l’AF réagit bizarrement, ou que la compatibilité avec un accessoire tiers devient capricieuse.

Le plus ironique, c’est que Canon leur donne presque raison après coup avec cette version 1.3.1. Ceux qui ont attendu récupèrent l’essentiel des avancées de la 1.3.0 sans subir le passage embarrassant par l’instabilité. Pendant que les autres, les enthousiastes, ont servi malgré eux de couche bêta premium. C’est un peu cruel dit comme ça. C’est aussi assez proche de la vérité.

Ce qu’il faut admirer chez Canon, malgré tout

Il serait facile de transformer cette affaire en petit tribunal éditorial. Ce serait confortable. Et franchement un peu paresseux. Ce qu’il faut reconnaître à Canon, c’est la vitesse et la clarté de la correction. Le bug a été identifié, le correctif déployé, et la continuité fonctionnelle préservée. Dans un secteur où certaines marques se réfugient derrière des formulations opaques ou des délais qui sentent la validation juridique plus que le respect utilisateur, ce n’est pas rien.

Mais l’admiration ne doit pas anesthésier l’exigence. C’est même l’inverse. Plus un boîtier est haut placé, plus il faut lui parler durement. Pas parce qu’on aime démolir les leaders. Parce qu’à ce niveau de prix et de promesse, la moindre régression concrète compte davantage qu’une fiche technique brillante de plus.

La vraie question, au fond, n’est pas “Canon a-t-il corrigé le problème ?”. Oui, il l’a fait. La question utile est plus gênante : combien de photographes installent encore leurs mises à jour comme on avale un bonbon, sans procédure, sans boîtier de secours, sans journée tampon, puis viennent parler de fiabilité avec l’aplomb de ceux qui n’ont jamais saboté leur propre mission ?

Ça, c’est une conversation qui mérite mieux qu’une note de version.

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Anthony n'est pas "passionné de photographie" comme on l'est de yoga ou de batch cooking. C'est un autodidacte qui a construit son œil en dehors des écoles, ce qui signifie qu'il a commis des erreurs que les formations évitent soigneusement d'enseigner et qu'il en a tiré une grammaire visuelle qui lui appartient vraiment. Sa signature tient en trois obsessions : compositions qui respirent, couleurs qui ne crient pas, textures qu'on a envie de toucher à travers l'écran. Sur Pixfan, il partage non pas pour "inspirer" (ce mot ne veut plus rien dire), mais pour montrer les coulisses sans filtre, les ratés, les objectifs vintage qui déçoivent, le workflow qui a failli le rendre fou avant de devenir une évidence.
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