Vous avez remarqué ? Ce disque SSD que vous lorgnez depuis des semaines vient encore d’augmenter. Et ce n’est pas une impression : les prix du stockage atteignent des sommets historiques en ce début 2026. La raison ? Une bataille invisible se joue dans les coulisses entre vous, simple photographe ou vidéaste, et les géants de l’intelligence artificielle qui engloutissent toute la production mondiale de mémoire. Bienvenue dans la guerre du stockage.
- À retenir
- L’explosion des prix : un constat qui fait mal au portefeuille
- Comparaison des prix : l’envolée en chiffres
- Les cartes mémoire suivent la même trajectoire infernale
- L’explosion des cartes CFexpress et SD
- La vraie raison : l’appétit insatiable des fermes d’IA
- Le témoignage qui tue
- Pourquoi ça ne va pas s’arranger (et même empirer)
- Stratégies pour limiter la casse (sans sacrifier vos photos)
- Calcul : Cloud vs SSD sur 5 ans (prix France)
- Quand les prix vont-ils enfin baisser ?
- Que faire en attendant ?
À retenir
- Les SSD portables coûtent jusqu’à 300% plus cher qu’en 2023-2024
- Le Samsung T7 Shield 2TB est passé de 95€ à 260€ (record absolu)
- L’IA capte désormais 68% de la production mondiale de puces NAND selon DRAMeXchange
- Micron a abandonné le marché grand public fin 2024 pour se concentrer sur l’entreprise
- Les prix ne redescendront pas avant 2028-2029 minimum, même après l’éclatement de la bulle IA
- Les cartes mémoire SD et CFexpress subissent la même inflation galopante
L’explosion des prix : un constat qui fait mal au portefeuille
Le Samsung T7 Shield 2TB, ce petit disque bleu devenu l’incontournable des créatifs, affiche désormais 260€ sur les comparateurs français. Presque trois fois son prix de 2023 où on le trouvait à 95€. C’est son tarif le plus élevé depuis son lancement.
Chez SanDisk, les chiffres donnent le tournis. L’Extreme Portable 2TB atteint 220€ contre 95€ il y a deux ans. Le Creator Pro 4TB lancé en janvier 2026 à 250€ ? Déjà à 550€ un mois plus tard. Le modèle 4TB actuel tourne autour de 350€ minimum.
Comparaison des prix : l’envolée en chiffres
| Modèle | Prix 2023 | Prix 2024 | Prix 2026 | Augmentation |
|---|---|---|---|---|
| Samsung T7 Shield 2TB | 95 € | 125 € | 219 € | +130% |
| SanDisk Extreme 2TB | 95 € | 110 € | 220 € | +132% |
| SanDisk Extreme 1TB | 70 € | 90 € | 140 € | +100% |
| WD Red HDD 12TB | 185 € | 205 € | 337 € | +82% |
| Seagate IronWolf Pro 12TB | 190 € | 210 € | 315 € | +66% |

Même les disques durs mécaniques, pourtant réputés plus abordables, n’échappent pas à l’inflation. Un WD Red 12TB pour NAS valait 185€ il y a deux ans. Aujourd’hui ? 337€. Le Seagate IronWolf Pro 12TB suit une trajectoire similaire, passant de 190€ à 315€.
J’ai discuté la semaine dernière avec Thomas, vidéaste corporate que je croise régulièrement aux salons photo. Il m’a sorti son téléphone d’un air dépité : « Regarde, j’ai mis trois SSD Samsung dans mon panier en octobre. Je me suis dit ‘j’achète le mois prochain’. Résultat : +180 euros sur ma facture totale. J’aurais dû craquer direct. »

Les cartes mémoire suivent la même trajectoire infernale
Si vous pensiez échapper à l’envolée en vous concentrant sur les cartes SD ou CFexpress, mauvaise nouvelle : elles aussi explosent.
Une SanDisk Extreme Pro 128GB SD coûtait environ 22 € il y a quelques mois. Aujourd’hui, les versions micro SD de cette gamme se négocient autour de 34 € pour des performances réduites, mais les cartes SD plein format haute performance ont suivi la même inflation que les SSD.
L’explosion des cartes CFexpress et SD
| Modèle | Prix 2023-2024 | Prix 2026 | Augmentation |
|---|---|---|---|
| Lexar 128GB CFexpress Type B | 50 € | 105 € | +110% |
| ProGrade 800GB VPG400 CFexpress | 300 € | 750 € | +150% |
| SanDisk Extreme Pro 128GB SD | 20 € | 34 € | +70% |
| ProGrade Digital 128GB SD | 80 € | 160 € | +100% |
Côté CFexpress, c’est encore pire. Ces cartes ultra-rapides indispensables aux boîtiers professionnels récents (Canon R5 Mark II, Nikon Z9, Sony A1) deviennent carrément inaccessibles. La Lexar 128GB CFexpress Type B ? Doublée, passant de 50€ à 105€. Mais le summum du délire reste la ProGrade 800GB VPG400 : de 300€ (déjà salé) à… 750€. Oui, sept cent cinquante euros pour une carte mémoire.
Pour les photographes sportifs ou animaliers qui remplissent des cartes CFexpress en quelques heures de shooting, le calcul devient vite insoutenable. Marie, photographe équestre que je connais depuis mes débuts, m’a confié hier qu’elle a réduit ses rafales de 20 images/seconde à 12 pour économiser de l’espace. « Je sélectionne beaucoup plus au moment du déclenchement. C’est fou d’en arriver là en 2026. »
La vraie raison : l’appétit insatiable des fermes d’IA
Pourquoi les SSD sont si chers en 2026 ? La réponse tient en trois lettres qui obsèdent Silicon Valley : I-A-I.
Les data centers dédiés à l’intelligence artificielle dévorent littéralement la production mondiale de puces mémoire NAND. Selon un rapport de TrendForce publié en janvier 2026, l’IA et les infrastructures cloud captent désormais 68% de la production totale de mémoire NAND, contre seulement 31% en 2023. Le marché grand public doit se contenter des miettes.
Ces installations gigantesques ont deux besoins colossaux et non négociables.
Premier besoin : le stockage de données d’entraînement. ChatGPT, Claude, Gemini, Midjourney… tous ces modèles se nourrissent de pétaoctets de textes, d’images, de vidéos pour apprendre. Il faut bien stocker tout ça quelque part. Et « quelque part », ça signifie des millions de SSD enterprise tournant 24h/24.
Deuxième besoin : la RAM pour maintenir les conversations. Chaque fois que vous discutez avec un chatbot, il doit garder en mémoire vive l’intégralité de votre échange pour rester cohérent. Plus la conversation s’étire, plus il faut de RAM. Multipliez ça par des millions d’utilisateurs simultanés, et vous comprenez l’ampleur du problème.
Certes, la RAM et les SSD n’utilisent pas exactement les mêmes puces. Mais les trois géants qui dominent le marché — Samsung, SK Hynix et Micron — doivent arbitrer leur production limitée entre ces deux types de mémoire. Et devinez qui paie le mieux ? Les hyperscalers (Amazon, Microsoft, Google) qui construisent ces data centers à tour de bras, pas vous ni moi.
Le témoignage qui tue
J’ai échangé il y a quinze jours avec Jérôme, responsable achats chez un distributeur informatique français que je ne peux nommer. Il m’a lâché, off the record : « On nous alloue 30% de notre commande habituelle. Le reste part direct vers les États-Unis, vers les gros clients cloud. Et quand on reçoit enfin du stock, les prix ont encore grimpé de 15%. C’est un cauchemar pour nous aussi. »
Le coup de massue est tombé fin 2024 : Micron, le fabricant américain derrière la marque Crucial adorée des gamers et créatifs, a tout simplement quitté le marché grand public. Terminé. Fini. L’entreprise se concentre désormais exclusivement sur les clients entreprise et leurs besoins gargantuesques en IA.
SK Hynix a vendu l’intégralité de son stock 2026 avant même que l’année commence. Samsung a augmenté ses tarifs de plus de 100% sur certains composants. La pénurie est structurelle, pas conjoncturelle.
Pourquoi ça ne va pas s’arranger (et même empirer)
Vous espériez que cette flambée serait temporaire ? Accrochez-vous : le pire reste probablement à venir.
Aucun des trois fabricants dominants ne prévoit d’augmenter significativement sa production. Leur raisonnement ? Construire une nouvelle usine de fabrication de puces (une « fab » dans le jargon) coûte entre 10 et 20 milliards de dollars et prend trois ans. Or, ces industriels savent pertinemment que la bulle IA finira par éclater — probablement d’ici 2028. Ils refusent de se retrouver avec des usines flambant neuves mais inutiles quand la demande s’effondrera.
Selon les analystes de Gartner interrogés en février 2026, le marché de la mémoire NAND devrait rester sous tension jusqu’en 2029 minimum, avec une croissance de la demande de 22% annuel contre une augmentation de production de seulement 8%.
Résultat : offre limitée, demande explosive, prix qui grimpent. Les lois économiques les plus basiques en action.
Même quand la bulle IA éclatera — et elle éclatera, c’est mathématique — les prix ne dégringoleront pas du jour au lendemain. Les contrats d’approvisionnement pour 2026 et 2027 sont déjà signés, avec des tarifs élevés verrouillés. Regardez ce qui s’est passé lors de la pénurie informatique de 2020-2021 provoquée par le Covid et le boom du télétravail : il a fallu attendre 2023 pour retrouver des prix normaux. Soit deux à trois ans après le pic de tension.
Cette fois, on parle probablement d’un délai encore plus long puisque les volumes en jeu sont bien supérieurs.
Stratégies pour limiter la casse (sans sacrifier vos photos)
Face à cette inflation du stockage, quelques tactiques permettent de s’en sortir sans exploser son budget ni perdre ses précieux fichiers.
Privilégiez le stockage cloud hybride. Oui, les abonnements grognent chaque mois, mais au tarif actuel des SSD, un Google One 2TB à 9,99€/mois devient financièrement compétitif. Faites le calcul : un SSD Samsung T7 2TB coûte 260€. Divisé par 9,99€/mois, il vous faudrait 26 mois d’abonnement cloud pour atteindre le même coût. Au-delà, vous êtes gagnant, sans compter la redondance automatique et l’accès depuis n’importe où.
Gardez vos projets actifs sur SSD local, archivez le reste dans le cloud. Découvrez notre guide complet sur comment choisir la meilleure solution de backup cloud pour photographes.
Passez aux disques durs mécaniques pour l’archivage long terme. Certes, ils sont plus lents et fragiles. Mais un HDD 12TB coûte encore 337€ contre 850€+ pour un SSD équivalent. Pour des photos que vous ne retoucherez plus, ça fait le job dans un NAS à la maison. Consultez notre tutoriel sur comment monter un NAS domestique économique pour photographes.
Gérez plus strictement vos cartes mémoire. Triez directement sur le boîtier, activez les modes de compression légère (RAW compressé sans perte), réduisez vos rafales quand ce n’est pas critique. Ça fait grincer des dents, mais ça limite les achats de cartes supplémentaires. Notre article sur l’optimisation du workflow photo pour réduire les coûts de stockage vous donnera des techniques concrètes.
Guettez les promos comme un vautour. Les périodes de Black Friday ou French Days offrent encore des fenêtres de tir avec des remises de 20-30%. Créez des alertes prix sur CamelCamelCamel ou Keepa pour être notifié instantanément.
Investissez dans la durabilité. Un SSD de qualité (Samsung, WD Black) durera cinq ans minimum. Évitez absolument SanDisk après leurs problèmes de fiabilité massifs : perdre vos fichiers coûtera bien plus cher qu’économiser 50 euros à l’achat.
Calcul : Cloud vs SSD sur 5 ans (prix France)
Option SSD local :
- Samsung T7 Shield 2TB : 260€
- Remplacement tous les 5 ans : 260€
- Coût total 5 ans : 260€
Option Cloud (Google One 2TB) :
- 9,99€/mois × 60 mois = 599€
- Mais : redondance automatique, accès partout, aucune perte si panne matérielle
- Coût total 5 ans : 599€
Option hybride (recommandée) :
- 1 SSD 2TB pour projets actifs : 260€
- Google One 2TB pour archives : 9,99€/mois
- Meilleur compromis performance/sécurité/coût
Quand les prix vont-ils enfin baisser ?
La question à mille milliards. Littéralement, puisque c’est ce que pèse le marché de l’IA.
Scénario optimiste (probabilité : 15%) : La bulle éclate mi-2027, les commandes des hyperscalers s’effondrent, la production excédentaire revient sur le marché grand public dès 2028. Les prix commencent à se détendre courant 2029. Les SSD retrouvent des niveaux proches de 2023 fin 2029.
Scénario réaliste (probabilité : 60%) : La bulle se dégonfle progressivement jusqu’en 2028-2029, les contrats existants épuisent les stocks jusqu’en 2029, les prix amorcent une vraie baisse seulement en 2030. Selon IDC, ce scénario implique une baisse de 30-40% par rapport aux pics de 2026, mais pas un retour aux prix de 2023.
Scénario pessimiste (probabilité : 25%) : Une nouvelle vague d’innovation IA (GPT-6, agents autonomes généralisés) relance la course en 2027-2028, et on repart pour un tour jusqu’en 2031-2032. Les prix restent prohibitifs pour le grand public pendant toute la décennie.
L’histoire récente penche malheureusement vers le scénario réaliste, voire pessimiste. Les analystes du marché des semi-conducteurs interrogés par DRAMeXchange tablent sur une normalisation « pas avant la fin de la décennie ». Autant dire une éternité quand on accumule des téraoctets chaque mois.
Que faire en attendant ?
Ne paniquez pas, mais ne reportez pas indéfiniment vos achats essentiels. Si votre stockage actuel arrive à saturation, achetez maintenant plutôt que dans six mois : les prix continueront probablement de grimper jusqu’à mi-2027.
Privilégiez les marques fiables (Samsung, Western Digital Black) même si elles coûtent 20% plus cher. Un SSD qui lâche vous coûtera infiniment plus en données perdues qu’en économies réalisées.
Et surtout, diversifiez : la règle 3-2-1 (3 copies, 2 supports différents, 1 hors site) n’a jamais été aussi cruciale. Dans ce contexte de prix délirants, perdre vos photos par négligence serait doublement rageant.
Pendant ce temps, quelque part dans un data center glacé de l’Iowa ou de Singapour, des milliers de serveurs continuent d’avaler goulûment de la mémoire pour générer des images de chatons astronautes et répondre à des questions sur la recette de la blanquette de veau. Et vous, vous payez la facture chaque fois que vous cliquez sur « Ajouter au panier » pour un simple disque externe.
La question n’est plus de savoir si vous pouvez vous permettre de stocker vos photos. C’est de savoir combien vous êtes prêt à payer pour ne pas les perdre. Et en 2026, la réponse fait de plus en plus mal.
Avez-vous dû revoir votre stratégie de stockage à cause de ces hausses ? Quelles solutions avez-vous trouvées pour continuer à créer sans vous ruiner ? Partagez votre expérience en commentaire.
Nos confrères en parle : https://petapixel.com/2026/02/16/ai-has-made-it-absurdly-expensive-to-capture-and-store-your-photos/
