Nikon prépare peut-être le retour du DL, ce compact mort-né de 2016 qu’on n’a jamais eu le droit de toucher. Moi j’y crois à moitié. Et je vais vous dire pourquoi cette rumeur sent autant le coup marketing que la vraie résurrection technique.
A retenir
Nikon Rumors a lâché l’info le 4 juillet 2026 : le DL, tué dans l’œuf en 2017, referait surface avec un capteur 1 pouce stacked de 24 mégapixels et un objectif fusionnant les anciens 18-50 et 24-85 en un 24-70. La source reste prudente, elle-même non confirmée par d’autres contacts, ce qui devrait nous inciter à la méfiance plutôt qu’à l’excitation immédiate. En parallèle tourne une autre rumeur, celle d’un compact plein format façon Nikon ZR sans viseur intégré, qui n’a rien à voir avec le DL mais qu’on confond souvent par paresse journalistique.
Le vrai enjeu n’est pas technique, il est stratégique : Nikon a-t-il vraiment retenu la leçon de son échec de 2017 ?
Le fantôme qui refuse de mourir
Il y a des projets qui ne meurent jamais vraiment. Le DL en fait partie.
Annoncé en février 2016 avec trois déclinaisons — le 18-50 f/1.8-2.8, le 24-85 f/1.8-2.8 et le monstrueux 24-500 — le DL devait incarner le renouveau du compact premium chez Nikon. Sur le papier, c’était brillant : capteur CMOS 1 pouce BSI, processeur EXPEED 6A taillé sur mesure, ouvertures lumineuses qu’aucun concurrent n’osait proposer à ce format. Puis le lancement a glissé de juin à l’automne, puis à jamais. Nikon a fini par tout annuler début 2017, invoquant des soucis de circuit intégré et des pertes qu’elle a qualifiées, pudiquement, d' »exceptionnelles ».
J’ai vu cette annulation en direct à l’époque, et franchement, ça m’a marqué plus que je ne l’admets volontiers. J’avais réservé — mentalement, pas financièrement, heureusement — le 24-85 pour remplacer mon compact de voyage. La leçon que j’en ai tirée, brutale : ne jamais construire une stratégie photo autour d’une promesse constructeur non livrée. Ça paraît évident écrit comme ça. Ça ne l’était pas du tout à l’époque, quand tous les médias spécialisés relayaient les fiches techniques comme si le produit était déjà en rayon.
Alors quand on me parle aujourd’hui de résurrection, mon premier réflexe n’est pas l’euphorie, c’est la vigilance.

Ce que la rumeur de 2026 raconte vraiment
Voici les détails qui circulent, avec la prudence qui s’impose puisque la source elle-même n’a rien confirmé ailleurs :
Le design reprendrait celui des DL18-50 et DL24-85, ou fusionnerait les deux focales en un 24-70 unique, sur un boîtier légèrement plus épais que l’original. On parle de matériaux premium, du Flexible Color Picture Control propre à Nikon, d’un capteur 1 pouce stacked de 24 mégapixels, une vraie montée en gamme par rapport au capteur BSI de 2016. L’étui en cuir serait inclus, et le viseur électronique externe vendu à part, en accessoire smart shoe.
Pourquoi Nikon choisirait cette architecture plutôt que le capteur plein format qu’on lui prête par ailleurs ? Simple logique de coûts et de miniaturisation : un capteur 1 pouce permet un corps compact, un objectif plus lumineux et moins cher à produire, là où le plein format imposerait un tirage optique plus long et un tarif qui viendrait cannibaliser le segment hybride Z. C’est un choix cohérent, presque évident sur le papier mais Nikon a déjà prouvé en 2017 qu’un choix cohérent sur le papier ne garantit rien à l’arrivée.
Est-ce que le marché a vraiment changé depuis dix ans pour justifier ce pari ?
L’autre rumeur qu’on confond trop souvent
Deux dossiers Nikon avancent en parallèle et les médias les mélangent allègrement.
D’un côté le DL ressuscité, capteur 1 pouce, objectif fixe zoom. De l’autre, un compact plein format évoqué depuis avril 2026, basé sur le châssis du ZR, sans viseur intégré, avec deux molettes physiques et un corps fin de 22 à 25mm. Ce second appareil viserait frontalement le Fujifilm X100, le Ricoh GR et le Leica Q — tous en rupture de stock chronique, preuve que la demande existe bel et bien pour du compact premium.
TechRadar notait début juillet que ni Nikon ni Fujifilm n’avaient sorti le moindre nouveau boîtier depuis janvier 2026, le dernier modèle Nikon en date restant le ZR de septembre 2025. Ce silence prolongé nourrit toutes les rumeurs, y compris les plus contradictoires.
Pourquoi je reste sceptique, et pourquoi ça ne change rien
Voilà mon avis tranché, celui que la plupart des sites concurrents n’oseront pas écrire : Nikon n’a structurellement plus la culture produit pour réussir un compact premium grand public. La marque a bâti sa survie sur le haut de gamme hybride Z et les reflex professionnels résiduels, pas sur des paris grand public à la Ricoh ou Fujifilm. Le DL de 2016 a échoué non pas à cause d’un bug de circuit intégré isolé, mais parce que Nikon n’avait ni la chaîne de production ni la culture marketing pour vendre un compact à 1000 dollars face à des smartphones qui montaient en gamme à toute vitesse.
Rien ne dit que cette culture ait changé en dix ans.
Cela dit et c’est là que le pari devient intéressant : même si le DL ressuscité échoue commercialement, il aura rempli son rôle : occuper l’attention médiatique pendant que Nikon prépare, en coulisses, son vrai grand coup sur le compact plein format façon ZR. Un ballon d’essai, en somme, plus qu’un produit destiné à cartonner en volume.
Ce qui reste à observer
La vraie question n’est pas de savoir si Nikon va confirmer cette rumeur d’ici la fin de l’année. C’est de savoir si les photographes qui attendent depuis 2016 accepteront encore d’y croire, ou si la marque a définitivement perdu ce capital de confiance auprès de sa base la plus fidèle. Vous, si le DL sortait vraiment demain, l’achèteriez-vous par curiosité, ou l’ignoreriez-vous par méfiance acquise ?
