Poursuite de notre série consacrée au portrait. David Ken raconte les coulisses du portrait de Sydney Beau Jack Walker. Sydney Walker plus connu sous le nom de Beau Jack.

David Ken

Qui ? : Sydney « Beau Jack » Walker
Où ? : Fifth Street Gym, Miami Beach
Quand ? : 2000
Pourquoi ? : Pour moi, parce que j’aime la boxe
Comment ? : Apprivoiser sans s’imposer
Avoir été et le demeurer

Il tient face à moi, fièrement, bien en évidence, le diplôme de l’IHBOF qu’il a décroché du mur. Ce vieux monsieur qui n’a plus rien à prouver à personne – et certainement pas à moi – est encore, toujours, tout entier ce qu’il fût. Deux fois champion du monde, à jamais. Quelques mois avant son décès il entraînait encore de jeunes boxeurs au mythique 5TH ST. Gym à Miami Beach et c’est là que je l’ai rencontré, dans ce temple du noble art, entouré des esprits de Cassius Clay et de Mohamed Ali.

Il m’a fallu presque dix jours, une éternité d’approche et de patience, pour apprivoiser les boxeurs black de là-bas, pour leur expliquer que je n’étais pas un voyeur blanc, pas un ethnologue de tribus sportives venu respirer les relents de sueur et de testostérone d’une vieille salle de boxe encore « dans son jus ».

J’ai mon Leïca M6 et une poignée de Trix dans la poche mais on m’a prié de ne pas photographier (No camera, not a zoo, man. Stay here, not further). Jour après jour je me livre à un exercice de tempérance, d’humilité qui va porter ses fruits. Un soir le « Beau Jack » se décide enfin à m’adresser la parole. Where are you from? France Ah… France, Marcel Cerdan Incroyable ! Improbable même… Je le reconnais jeune sur une des photos qui ornent le mur derrière lui. Il accepte que je le photographie. Même pas la moitié d’un film, dix pauses en tout ? Ce bonhomme a une sacrée présence, il ne pose pas, rien, il ne sourit pas, il est celui qu’il a toujours été, sa gloire ancienne fait sa force. Il tient sans tristesse dans ses mains le meilleur de sa jeunesse passée, son passeport de noblesse pour l’éternité. Délaissé par tous, sauf par cette escorte de boxeurs attentifs qui l’admiraient, le vénéraient même, il était redevenu cireur de chaussures, comme à ses débuts en Géorgie, en 1936.

Traduction de l’intérieur du cadre:
L’UN DES PLUS BRILLANTS ET POPULAIRES COMBATTANTS QUE LE MADISON SQUARE GARDEN AIT JAMAIS CONNU. DEUX FOIS CHAMPION DU MONDE CATEGORIE POIDS LEGERS AU GARDEN (EN 1942 ET 1943), FAMEUX POUR LES GRELES DE COUPS INCESSANTES QU’IL ASSENAIT A SES ADVERSAIRES. 27 RENCONTRES AU GARDEN ENTRE 41 ET 49, DONT 21 EVENEMENTS. A UN MOMENT DONNE (MARS 1942) IL TIENDRA LE HAUT DE L’AFFICHE AU GARDEN AVEC TROIS RENCONTRES EN UN SEUL MOIS. NOMME COMBATTANT DE L’ANNEE EN 1944. IL DEMARRA SA CARRIERE DANS UN PETIT CLUB PROVINCIAL D’AUGUSTA EN SE DISTINGUANT LORS DE COMBATS LIBRES.

Extrait du livre « Trait pour traits » en préparation avec Nicolas Gouzy

Avec Jean Rochefort, Steven Spielberg, Naguy, Nikos Aliagas, Philippe Bouvard, Stéphane Bern, Pierre Boulez, Yvan Le Bolloch, Corentin Carpo, Margot , Bernard Pivot, Clotilde Courau, Alyssa Miller, Olivier Marchal, Zinedine Zidane, Lucienne, Marco Prince, Aydrey Tautou, Arthur, Patrick M’Boma, Michel Cicurel, Estelle , Djimé Coulibaly, Sidney Beau Jack Walker…

Le jeu de deux « je ». Pour Nicolas, David est un œil qui parle. Pour David, Nicolas est une plume qui écoute. L’important est qu’ils se soient mis d’accord afin de rester à l’écoute l’un de l’autre. Leur pari commun est de trouver, puis de conserver, le bon équilibre où image et texte parleraient d’une même voix. Leur secret est de partager l’émotion d’un portrait vu, raconté puis écrit, pour ce qu’il dit d’une rencontre inhabituelle, heureuse, parce qu’il parle des petits riens et des grands bonheurs, parce qu’il révèle de vraies personnes vivantes cachées derrière des célébrités. Tôt chaque matin David parle, raconte une image ; il se souvient des bruits, des odeurs, des couleurs, des paroles, des atmosphères. Il amorce une histoire que Nicolas poursuit. David brosse les grandes lignes, dirige le texte comme un metteur en scène. Il met en avant les ironies dramatiques, les hasards généreux contenus dans chacun des portraits choisis. Il est alors temps pour Nicolas de traduire le tout sur une page, de capter les miroitements d’une parole dans l’encre de ses mots. Pour Nicolas, David est un regard qui se raconte. Pour David, Nicolas est un texte qui se donne à voir. Quelques traits de plume rehaussant les traits de dizaines de visages ; un jeu de lumières épaulé de jeux de mots. Traits pour Traits.

Lien : www.davidken.com

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