Poursuite de notre série consacrée au portrait. David Ken raconte sa rencontre avec l’officier de police Shanahan.

Qui ? : Officier de police américain
Où ? : Washington
Quand ? : 1988
Pourquoi ? : Balade aux States
Comment ? : à bout touchant

David Ken

Un résumé des States à lui tout seul. L’officier de police Shanahan avec ses petites moustaches en croc possède la panoplie complète du motard de la police urbaine de Washington. Il est descendu de sa Harley et délimite une zone no access pour sécuriser le passage du convoi qu’il escorte.

J’ai franchi les grilles métalliques derrière lesquelles les badauds se massent ; aussitôt il accourt vers moi. En me voyant bardé d’appareils photo, il marque un temps d’arrêt. Le sacro-saint premier amendement de la Constitution l’empêche de me refouler. « Press ? » J’en profite.

Je suis à bout touchant de son american attitude. Avec mon Leica M6 et son 35mm je suis carrément sur lui. Fabuleux : un irlandais, les Ray-Ban police, les gants de moto renforcés, le blouson, le casque mythique, le sifflet à roulette au bout de sa chaîne et tout entier proud to be an american cop. L’Amérique, il la porte sur le cœur, avec ses décorations, témoignages de son talent, de son métier, de son engagement entier au service de l’ordre et d’une Nation.

J’adore photographier les gens qui se racontent, qui parlent d’eux, qui passent aux aveux même sans rien dire. Pour le compte, lui, les droits Miranda il s’en fiche un peu, il ne garde pas le silence et je ne suis pas déçu. Il finit même par être amical et direct. De son histoire je vais faire quoi ? Trois clichés ? Un témoignage quasi ethnographique sur l’agent 26490 rattaché au premier district ? Il a un peu de temps, il me raconte l’origine de ses décorations, bien en évidence sur sa poitrine. Il est un peu à la parade, il se montre. Je ne peux rêver mieux.

Il y a tous les clichés de mon Amérique dans l’image que je saisis alors ; elle est même incarnée et mise en scène spontanément dans le geste de l’agent Shanahan qui en pointe l’emblème épinglé sur son cœur. « L’Amérique au cœur » et « Droit au cœur de l’Amérique » semble-t’il me dire à cet instant.

Extrait du livre « Trait pour traits » en préparation avec Nicolas Gouzy

Avec Jean Rochefort, Steven Spielberg, Naguy, Nikos Aliagas, Philippe Bouvard, Stéphane Bern, Pierre Boulez, Yvan Le Bolloch, Corentin Carpo, Margot , Bernard Pivot, Clotilde Courau, Alyssa Miller, Olivier Marchal, Zinedine Zidane, Lucienne, Marco Prince, Aydrey Tautou, Arthur, Patrick M’Boma, Michel Cicurel, Estelle , Djimé Coulibaly, Sidney Beau Jack Walker…

Le jeu de deux « je ». Pour Nicolas, David est un œil qui parle. Pour David, Nicolas est une plume qui écoute. L’important est qu’ils se soient mis d’accord afin de rester à l’écoute l’un de l’autre. Leur pari commun est de trouver, puis de conserver, le bon équilibre où image et texte parleraient d’une même voix. Leur secret est de partager l’émotion d’un portrait vu, raconté puis écrit, pour ce qu’il dit d’une rencontre inhabituelle, heureuse, parce qu’il parle des petits riens et des grands bonheurs, parce qu’il révèle de vraies personnes vivantes cachées derrière des célébrités. Tôt chaque matin David parle, raconte une image ; il se souvient des bruits, des odeurs, des couleurs, des paroles, des atmosphères. Il amorce une histoire que Nicolas poursuit. David brosse les grandes lignes, dirige le texte comme un metteur en scène. Il met en avant les ironies dramatiques, les hasards généreux contenus dans chacun des portraits choisis. Il est alors temps pour Nicolas de traduire le tout sur une page, de capter les miroitements d’une parole dans l’encre de ses mots. Pour Nicolas, David est un regard qui se raconte. Pour David, Nicolas est un texte qui se donne à voir. Quelques traits de plume rehaussant les traits de dizaines de visages ; un jeu de lumières épaulé de jeux de mots. Traits pour Traits.

Lien : www.davidken.com

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