Portrait du jour : David Ken raconte les coulisses du portrait réalisé à Los Angeles avec le caïd d’un gang punk.

Qui ? : Caïd d’un gang punk
Où ? : Venice Beach, L.A.
Quand ? : 2009
Pourquoi ? : juste pour voir
Comment ? : Même pas peur

David Ken

Tout dépendra de ce que je ressentirai au final comme la bonne distance, physique et affective. Je sais qu’elle est très variable. Trop loin, pas de contact, pas de sincérité, trop près c’est risqué ; l’intimité imposée peut déclencher un repli, de la fuite, ou pire, de l’agressivité. La foule des badauds sur la Board Walk de Venice Beach contourne très largement un gang d’une quinzaine de punks chicanos venus glander à la plage. Je m’approche jusqu’à remplir complètement le champ de vision de celui que j’identifie à l’instinct comme le boss. Je travaille au grand angle. L’idée m’effleure, mais trop tard, que j’aurais plutôt dû préserver une distance de fuite et travailler au télé. ! Nous nous jaugeons. Il a une position hiérarchique à faire respecter et je lui dois de reconnaître son leadership. Je ne ressens pas trop d’angoisse, de stress. Il se forme petit à petit un fragile équilibre entre acceptation et rejet ; je flirte avec cette indifférence à peine inquiète, ce désir primal de supériorité, un truc quasi animal. Je ne suis peut-être rien pour lui, juste un incident curieux qui n’entre pas dans sa conception du monde, dans ses codes. Heureusement l’espace autour de nous est largement ouvert, il ne risque pas de se sentir acculé, prisonnier. J’essaie de donner une dimension sécurisante à cette distance presque critique, comme un dompteur travaillant avec un grand fauve. L’objectif de mon appareil est loin d’être un fouet de dressage, c’est cependant l’unique symbole de mon identité alors que lui en est bardé. Je dois être inconscient du risque…mais c’est pour moi un moment de grande émotion.

Je repense aujourd’hui à la séquence d’approche préalable à cette photo comme à un rituel. Un rituel indispensable afin d’envoyer des signaux nets et précis. Lui, par sa position, sa place dans le groupe, son regard, m’annonce la puissance qu’il s’attribue. Il sait qu’il en impose. Il n’y a aucune ambiguïté dans son statut de jeune mâle dominant, belle gueule, chef de gang à LA. Presque une impression de parade qu’il va maintenir jusqu’à ce que nous échangions trois mots. Je n’ai pas fait acte de soumission mais de respect ; je n’ai pas volé son image, il me l’a offerte. Plus avant, plus près, plus longtemps, plus en quête, que serait-il advenu ?
Extrait du livre « Trait pour traits » en préparation avec Nicolas Gouzy

Avec Jean Rochefort, Steven Spielberg, Naguy, Nikos Aliagas, Philippe Bouvard, Stéphane Bern, Pierre Boulez, Yvan Le Bolloch, Corentin Carpo, Margot , Bernard Pivot, Clotilde Courau, Alyssa Miller, Olivier Marchal, Zinedine Zidane, Lucienne, Marco Prince, Aydrey Tautou, Arthur, Patrick M’Boma, Michel Cicurel, Estelle , Djimé Coulibaly, Sidney Beau Jack Walker…

Le jeu de deux « je ». Pour Nicolas, David est un œil qui parle. Pour David, Nicolas est une plume qui écoute. L’important est qu’ils se soient mis d’accord afin de rester à l’écoute l’un de l’autre. Leur pari commun est de trouver, puis de conserver, le bon équilibre où image et texte parleraient d’une même voix. Leur secret est de partager l’émotion d’un portrait vu, raconté puis écrit, pour ce qu’il dit d’une rencontre inhabituelle, heureuse, parce qu’il parle des petits riens et des grands bonheurs, parce qu’il révèle de vraies personnes vivantes cachées derrière des célébrités. Tôt chaque matin David parle, raconte une image ; il se souvient des bruits, des odeurs, des couleurs, des paroles, des atmosphères. Il amorce une histoire que Nicolas poursuit. David brosse les grandes lignes, dirige le texte comme un metteur en scène. Il met en avant les ironies dramatiques, les hasards généreux contenus dans chacun des portraits choisis. Il est alors temps pour Nicolas de traduire le tout sur une page, de capter les miroitements d’une parole dans l’encre de ses mots. Pour Nicolas, David est un regard qui se raconte. Pour David, Nicolas est un texte qui se donne à voir. Quelques traits de plume rehaussant les traits de dizaines de visages ; un jeu de lumières épaulé de jeux de mots. Traits pour Traits.

Lien : www.davidken.com

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