La Polka Galerie accueille du 28 mai au 30 juillet 2016 une exposition inédite qui réunit sur le thème de l’Italie les travaux de Luigi Ghirri, Mario Giacomelli et Claude Nori.

Intitulée « Fratelli d’Italia », l’exposition investit les deux espaces de la galerie avec une sélection des travaux respectifs de ses trois poètes de la nostalgie et du temps qui passe.

La première, intitulée « Mio fratello italiano », voit dialoguer les oeuvres de Luigi Ghirri et celles de Claude Nori, comme un hommage à l’Italie. La seconde, « Je ne fais pas le photographe, je ne sais pas le faire » est entièrement consacrée au travail en noir et blanc de Mario Giacomelli.

Cette exposition est l’occasion de raconter l’aventure photographique de trois artistes qui n’ont cessé de d’évoquer leurs racines et un pays qu’ils chérissaient.

« Ô la nostalgie à retrouver de vieilles cartes postales
Où le ciel est toujours bleu l’arbre toujours vert la mer étale

Je me souviens de nuits qui n’ont été rien d’autre que des nuits
Je me souviens de jours où rien d’important ne s’était produit »
Je me souviens, paroles de Louis Aragon

De la Buona Terra à la Dolce Vita, des champs arides de Scanno aux plages de Rimini, des touristes de Senigallia aux brumes de la plaine du Pô, tous trois ont voulu photographier, à leur manière, un monde en voie de disparition, du noir et blanc à la couleur.

Au début des années 70, Claude Nori, natif de Toulouse et fils d’immigrés italiens de Vérone, tombe par hasard dans le bain de la photographie. Il l’apprendra en dilettante, nourri par le cinéma d’Antonioni, ses fantasmes amoureux et quelques souvenirs heureux en vacances. Quelques années plus tard, il fonde Contrejour à Paris, un objet éditorial dédié à la « photographie actuelle », à la fois magazine, galerie et maison d’édition.

Contrejour sera au coeur de la relation singulière que Nori a construit avec ses deux frères italiens. En 1978, il est le premier à révéler en France, le travail de Luigi Ghirri avec la publication, de la version française de son livre culte, « Kodachrome ». Quinze ans plus tard, en 1992, les éditions Contrejour publieront aussi une monographie essentielle de Mario Giacomelli, aujourd’hui introuvable, après que Nori ait fait la connaissance du maestro à Senigallia.

Deux expériences fondatrices pour l’éditeur-photographe, tant les regards des deux maîtres, qu’il a connu et écouté, ont inspiré le sien et son amour pour la photographie.

« Mio fratello italiano », Luigi Ghirri et Claude Nori

En 1978, Claude Nori publie « Kodachrome ». Ce travail est avant tout un manifeste photographique. Une recherche conceptuelle et poétique conçue comme une ode aux paysages de l’Emilie Romagne, aux frontières du land art et du réel.

Luigi Ghirri a utilisé le pastel et les couleurs étranges de la pellicule Kodachrome pour peindre une Italie qu’il avait peur d’oublier.

Les dix-sept Kodachromes originaux sont présentés sous forme de dialogue avec deux séries iconiques de Claude Nori. La première est baignée du soleil de Rimini. La seconde, sur les berges du Pô, est un hommage aux nombreuses balades qu’il fit avec Ghirri dans la vallée du plus grand fleuve italien.

Polka GalerieRimini, 1977
© Luigi Ghirri, Courtesy Polka Galerie

Polka GalerieRimini 1983
© Claude Nori, Courtesy Polka Galerie

« Mario Giacomelli et Luigi Ghirri étaient viscéralement attachés à leur terre, à cette province italienne qui de Bologne s’étend vers la plaine du Pô et son brouillard antonionien et s’ouvre à la voie Emilienne jusqu’à la Côte Adriatique où Fellini donna vie aux Vitelloni, éternels adolescents qui ne parvinrent jamais à quitter leur ville, Rimini.

Ni l’un ni l’autre n’appréciaient vraiment les longs voyages et bâtirent presque entièrement leur oeuvre autour de leur maison à observer et construire un nouveau monde à partir de quelques éléments qui retenaient leur attention comme le fit le peintre Giorgio Morandi natif de Bologne.

Ils admiraient les compositions du maître réalisées à partir d’un entonnoir, d’un cube et de moulages de bouteilles posés sur une simple table en bois.

Mario grâce à un noir et blanc extrême parvint à mettre sur le même plan les vastes étendues apprivoisées des Marches, la peau ridée des vieillards à l’hospice, les portraits cachés dans l’écorce des troncs d’arbres et l’amour fou des jeunes gens batifolant dans les champs en une symphonie poétique et formelle, bien au-delà de la photographie pure.

Luigi, par des couleurs et des cadrages sans prétention, parvint à saisir avec tendresse et ironie les nouveaux paysages réels et fictionnels dont l’Italie raffolait, les images cachées derrière les images, lesquelles suscitèrent des pensées à la fois critiques et sentimentales avant que s’impose à lui comme une évidence la photographie de son pré tout de givre frissonnant devant sa maison, ouvert sur l’infini.

Un lien fraternel m’unit à ces deux êtres, à ces deux artistes.

Mes parents étaient natifs de cette région que j’ai beaucoup photographiée en souvenir d’étés heureux passés lors de mon adolescence, puis inspiré par le cinéma italien dont les plus belles pages y furent tournées. J’ai rencontré deux fois Mario, j’ai publié sa première grande monographie en 1992 et nous avons beaucoup ri ensemble.

Luigi fut mon ami italien, mon compagnon de route, mon complice éditorial, nous chantions ensemble des tubes inavouables, ma fille Giulia a été conçue dans sa maison de Roncocesi. Nous nous sommes tant aimés. » Claude Nori

« Je ne fais pas le photographe, je ne sais pas le faire », Mario Giacomelli

Conçu comme un road-movie, cet accrochage entremêle des reportages, des paysages, et des portraits aux frontières de l’artisanat et de l’abstraction.

À travers cette série de tirages méconnus, Claude Nori propose une relecture des noirs et blancs si personnels et puissants de l’artiste et isole plusieurs constantes symboliques, graphiques, autobiographiques et sentimentales de son œuvre.

Polka GalerieLe mie Marche, 1970. Mario Giacomelli
© Rita Giacomelli, Courtesy Archivio Mario Giacomelli

Informations pratiques

FRATELLI D’ITALIA
Luigi GHIRRI, Mario GIACOMELLI et Claude NORI

Exposition du 28 mai au 30 juillet 2016

Polka Galerie
Cour de Venise
12 rue Saint-Gilles
75003 Paris

Mardi-Samedi, 11h00 à 19h30

Lien : www.polkagalerie.com

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