Accueil Actualité Photo Patrick Chauvel lauréat du 26e Prix des correspondants de guerre

Patrick Chauvel lauréat du 26e Prix des correspondants de guerre

Plus de quarante grands reporters étaient réunis à Bayeux, les 11 et 12 octobre 2019, pour délibérer et décerner les trophées des catégories photo, presse écrite, radio, télévision, télévision grand format, jeune reporter (presse écrite) et image vidéo. Le reporter de guerre Patrick Chauvel a été doublement récompensé avec le prix Nikon et le Prix du public pour son reportage intitulé « Syrie, la fin de Baghouz ».

C’est la première fois que Patrick Chauvel envoyait un reportage pour participer au prix. A 70 ans, celui qui fut longtemps considéré comme « le photographe le plus fou » de la planète a couvert 34 guerres. Toujours aussi engagé, il porte un regard toujours aussi acéré et lucide sur l’état du monde. Ce reportage en Syrie a été particulier pour le reporter qui précise « Je me suis engueulé avec des prisonniers (…) d’un seul coup j’étais partie prenante du conflit et photographe, c’est un peu compliqué. » 

Patrick Chauvel
Les regards des djihadistes capturés en disent long sur leur état d’esprit, la fin de Baghouz est loin d’être la fin du problème © Patrick CHAUVEL pour Paris Match

Lors de la cérémonie de remise des prix, Patrick Chauvel a lancé comme un cri du cœur à propos de l’offensive turque «On abandonne les Kurdes, et je trouve ça dégueulasse. L’histoire se répète, les Kurdes sont devenus les harkis de la région.»

« Le reportage de guerre est une fonction vitale et essentielle du journalisme. »

– Gary Knight

Le palmarès complet 2019 du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre

TROPHÉE PHOTO – PRIX NIKON
1er prix : Patrick CHAUVEL – Syrie, la fin de Baghouz – SYRIE – FREELANCE pour PARIS
MATCH

TROPHÉE PRESSE ÉCRITE – PRIX DU DÉPARTEMENT DU CALVADOS
1er prix : Fritz SCHAAP – La guerre et l’épidémie – RD DU CONGO – DER SPIEGEL

TROPHÉE RADIO – PRIX DU COMITÉ DU DÉBARQUEMENT
1er prix : Sami BOUKHELIFA – Voyage au bout du califat – SYRIE – RFI

TROPHÉE TÉLÉVISION – PRIX AMNESTY INTERNATIONAL
1er prix : Orla GUERIN, Lee DURANT et Nicola CAREEM – Yémen : un bus touché par une
frappe aérienne – YÉMEN – BBC NEWS

TROPHÉE TÉLÉVISION GRAND FORMAT – PRIX DE LA VILLE DE BAYEUX
1er prix : Clément GARGOULLAUD et Shafat FAROOQ – Cachemire : les visages de la colère –
INDE – Babel Press pour Arte Reportage

PRIX JEUNE REPORTER (PRESSE ÉCRITE) – PRIX CRÉDIT AGRICOLE NORMANDIE
1er prix : Wilson FACHE – Gaza, année noire – GAZA – L’ORIENT-LE JOUR / THE NATIONAL
NEWSPAPER / VICE

PRIX DE L’IMAGE VIDEO (TÉLÉVISION ET TÉLÉVISON GRAND FORMAT) – PRIX ARTE / FRANCE 24 / FRANCE T֤ÉLÉVISIONS
1er prix : Clément GARGOULLAUD – Cachemire : les visages de la colère – INDE – Babel Press pour Arte Reportage

PRIX RÉGION NORMANDIE DES LYCÉENS ET DES APPRENTIS (TÉLÉVISION)

1er prix : Leo RAMIREZ, Jesus OLARTE, Yorman MALDONADO, Carlos REYES, Natasha VAZQUEZ, Edinson ESTUPINAN – Venezuela: crisis at the border – VENEZUELA – AFP TV

PRIX OUEST-FRANCE – JEAN MARIN (PRESSE ÉCRITE)
1er prix : Fritz SCHAAP – La guerre et l’épidémie – RD du CONGO – DER SPIEGEL

PRIX DU PUBLIC (PHOTO) – PARRAINÉ PAR L’AGENCE FRANÇAISE DE DÉVELOPPEMENT
1er prix: Patrick CHAUVEL – Syrie, la fin de Baghouz – SYRIE – FREELANCE pour PARIS MATCH

Source : http://www.prixbayeux.org/

Lors de l’édition 2010 du Prix Bayeux-Calvados, Patrick Chauvel répondait aux questions de Grégoire Deniau sur les dangers du métier de reporter de guerre.

Doivent-ils parfois au péril de leur vie et de leur sécurité couvrir les zones de guerre ?
Afghanistan, Pakistan, Somalie, Irak, Gaza… Autant de régions où les autorités françaises déconseillent à ses ressortissants et aux journalistes de se rendre… Les journalistes doivent-ils tenir compte de ces mises en garde et renoncer à couvrir ces zones à risque ? Pourquoi la plupart décident-ils de continuer ? Qui et comment décide-t-on de prendre de tels risques ? Quels sont les enjeux ? C’est tout le débat de la liberté de la presse.

Patrick Chauvel

Patrick Chauvel (Grand reporter), Thierry Thuillier (Responsable de l’information de France Télévisions), Jean-François Julliard (RSF), Adrien Jaulnes (Grand Reporter au Figaro, correspondant à Jérusalem) et Grégoire Deniau (Grand Reporter de Télévision)
Photo Pixfan – Nikon D700 et AF-S NIKKOR 35mm f/1.4G

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier sont otages depuis près de dix mois en Afghanistan. Les négociations pour leur libération sont en cours mais la situation est bloquée actuellement du fait de la complexité des échanges.

Grégoire Deniau : Doit-on continuer à aller en Afghanistan ?

Adrien Jaulnes : Oui car si on renonce à suivre un conflit, on renonce à faire son métier. Les conditions de travail dans les zones de guerre se sont considérablement dégradées depuis 2004 avec les premiers enlèvements en Irak. Avant cette période, les risques provenaient essentiellement des affrontements. Les journalistes deviennent une cible pour des raisons politiques ou financières. Cela a complètement changé la donne.

Grégoire Deniau : Comment gérer cette situation lorsque l’on est indépendant ?

Patrick Chauvel : C’est compliqué. Les rédactions américaines ne donnent plus d’ordre de mission aux journalistes étrangers car cela les oblige à payer les études des enfants… Ils veulent à la fois envoyer des journalistes mais ne pas être responsable si ils leur arrivent quelque chose. Les journalistes indépendants partent maintenant sans assurance du fait de son coût très élevé. Ca va coûter 5-600 euros par jour et on va gagner 200 euros. On essaye de faire savoir aux preneurs d’otage que l’on n’est pas intéressant car personne ne va payer notre rançon. On continu à le faire car l’important c’est d’informer. Quand on est indépendant, c’est plus difficile. Il ne faut alimenter le trafic et continuer à aller dans ses pays pour ne pas donner raison aux preneurs d’otage.

Jean-François Julliard : L’image du journaliste a changé. Aujourd’hui, il est considéré comme un espion, un agent à la solde de son gouvernement. La nature des conflits a changé, le journaliste est plus exposé. Il y a une confusion, les journalistes apparaissent plus comme à la solde d’un pouvoir.

Patrick Chauvel : Pourquoi les journalistes sont menacés ? C’est parce qu’ils ont bien fait leur travail et qu’ils deviennent dangereux.

Thierry Thuillier : Les conditions de tournage ont totalement changées. Parfois les armées tiennent les journalistes à l’écart, parfois ils les acceptent à leurs conditions. C’est ce qu’on appelle « l’embedment ». En deux mots, vous êtes autorisé à suivre des unités mais vous n’avez pas votre propre moyen de transport, vous n’avez pas d’accompagnateur et vous êtes soumis aux règles de vie des militaires. Vous prenez les mêmes risques. Ces conditions sont parfois les seuls moyens d’approcher une zone de conflit. Les médias l’acceptent mais c’est une vision partielle et les médias ne peuvent pas s’en contenter. Toute la difficulté est de compléter cette vision.

Qu’est-ce qui fait un bon reporter en zone de conflit ?

Patrick Chauvel : Il faut être extrêmement curieux et avoir envie d’écouter les autres. Être crédible, c’est notre seule richesse.

Thierry Thuillier : Il faut être un peu dingue.

Jean-François Julliard : Il faut partir sans a priori.

Adrien Jaulnes : Il faut être très attentif car la guerre ça change tout le temps, il faut faire attention à tout.

Grégoire Deniau : Autocensure ? Est-ce que cela risque de faire disparaitre notre métier ? Est-ce de plus en plus fréquent ?

Jean-François Julliard : Je ne sais pas si c’est de plus en plus fréquent mais c’est extrêmement grave. C’est la victoire effectivement des ennemis de la presse.

Adrien Jaulnes : C’est un risque permanent.

Patrick Chauvel : Je pense qu’il faut tout photographier mais pas forcément tout montrer car une photo dangereuse aujourd’hui peut être intéressante dans 20 ans. On ne travaille pas que pour la presse immédiate, on travaille aussi pour la mémoire collective. On peut tout photographier mais il faut faire attention à l’effet loupe au moment ou elle va passer. Il faut choisir le moment ou elle sera diffusée. Ce n’est pas de l’autocensure, il faut réfléchir.

Thierry Thuillier : Il y a une responsabilité éditoriale. Notre rôle est de juger d’une diffusion ou non.

Patrick Chauvel

Grégoire Deniau, Jean-François Julliard, Adrien Jaulnes, Thierry Thuillier, Patrick Chauvel
Photo Pixfan – Nikon D700 et AF-S NIKKOR 35mm f/1.4G

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Antony Barroux
Depuis juillet 2006, Pixfan.com traite de l’actualité de la photographie : expositions, astuces et découvertes de photographes connus ou en devenir.

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