Hana Peskova : Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

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© Hana Peskova/All About Photo

Paru en 1856 dans le recueil « Les Contemplations », ce poème avec sa puissance lyrique, résonne encore aujourd’hui par son appel vibrant à se révolter contre cette privation d’enfance et cette « servitude infâme » que représente l’exploitation des mineurs au travail.

Le poète y dénonce avec force la cruauté du travail des enfants, les privant de leur innocence et de leur enfance. Il appelle à la révolte et plaide pour un travail juste et émancipateur.

© Hana Peskova/All About Photo

La photographie rejoint ici la poésie dans cette mission humaniste : témoigner, choquer les consciences, et plaider pour l’émancipation et la justice sociale. L’art se fait alors arme de combat non-violente mais percutante contre ces fléaux.

C’est un beau parallèle entre l’œuvre engagée d’hier et d’aujourd’hui, relayant le même message à un siècle et demi d’écart, par des moyens d’expression différents mais complémentaires. Un dialogue fécond entre les arts au service d’une même cause universelle.

Cepndant, cela souligne la persistance malheureusement toujours d’actualité de cette problématique du travail des mineurs, privés de leur enfance.

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre Père, voyez ce que nous font les hommes ! »
Ô servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait — c’est là son fruit le plus certain —
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? Que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit,
Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu’il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux !

— Victor Hugo, Melancholia, Les Contemplations, 1856

© Hana Peskova/All About Photo

La question du travail des enfants est en effet un problème mondial qui prive des millions d’enfants de leur enfance, de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.

La photographe Hana Peskova travaille sur cette série depuis 2018, lorsqu’elle a visité le Bangladesh pour la première fois et qu’elle a vu de ses propres yeux le travail des enfants.

On estime qu’environ 170 millions d’enfants travaillent sur notre planète, plus particulièrement en Asie. Il ne s’agit pas seulement d’une aide occasionnelle pour les parents, mais dans certains pays, il s’agit d’un travail constant, quotidien et souvent difficile.

Le travail des enfants est répandu dans de nombreuses régions du monde, particulièrement dans les pays en développement, où la pauvreté, le manque d’accès à l’éducation et les normes culturelles contribuent à cette exploitation des enfants.

Bien que certains enfants puissent occasionnellement aider leurs familles, le type de travail ardu et régulier que décrit Hana Peskova est inacceptable et nuisible à leur bien-être physique, mental et émotionnel.

© Hana Peskova/All About Photo

Le spectacle d’enfants astreints à un travail pénible, privés des joies de l’enfance et de l’éducation, est en effet lamentable. C’est un rappel frappant des inégalités et injustices qui persistent dans notre monde. Cette série vise à faire la lumière sur ce problème et à sensibiliser au sort de ces enfants.

À travers ses photographies, Hana Peskova capte non seulement les dures réalités du travail des enfants, mais aussi la résilience et la dignité de ces enfants qui, malgré leurs circonstances, trouvent encore des moments de joie et de rire. Cependant, la tristesse qui se lit dans leurs yeux est un rappel poignant de l’enfance qu’ils ont perdue.

© Hana Peskova/All About Photo

Cette série est un outil puissant pour défendre les droits des enfants et appeler à l’action pour s’attaquer aux causes profondes du travail des enfants, comme la pauvreté, le manque d’accès à l’éducation et l’insuffisance des protections légales.

C’est à travers de tels efforts que nous pourrons œuvrer pour un monde où chaque enfant pourra profiter de son enfance et avoir accès à l’éducation et à des opportunités pour un avenir meilleur.

Hana Peskova

Hana Peskova est une photographe autodidacte tchèque basée à Cesky Krumlov. Après des débuts à l’école de photographie de Prague, elle a reçu en 2021 le prestigieux titre EFIAP de la Fédération Internationale de l’Art Photographique, reconnaissance de son talent artistique.

En tant que photographe indépendante, elle se consacre à la photographie de rue et documentaire à travers le monde. Son objectif est l’essence éphémère de la vie quotidienne, des récits culturels et des enjeux brûlants.

Fascinée par les histoires du passé, les endroits isolés et les gens ordinaires, sa photographie représente une fenêtre sur le monde, une invitation à ressentir et à réfléchir.

Bien qu’elle photographie des scènes urbaines animées aussi bien que la nature, selon ce que désire son objectif, sa spécialisation réside également dans la photographie créative.

Chaque photographie raconte une histoire, muette du passé ou hurlante du présent, dans l’espoir de susciter une réaction émotionnelle et la réflexion du spectateur.

Avec sa série intitulée Child Labour, elle est la lauréate de la mise en avant du magazine All About Photo pour le mois d’avril.

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