18 ans après sa disparition, la fille de Masha Ivashintsova publie pour la première fois quelques-uns des clichés d’une incroyable collection qui a été découverte par hasard.

Une histoire dont les circonstances nous évoquent incontestablement celle de la photographe américaine Vivian Maier.

Comme son illustre devancière, Masha Ivashintsova (1942−2000) a constitué au fil des ans un formidable témoignage d’une époque révolue. Comme elle, elle n’a jamais montré son travail à personne. Plus de 30 000 négatifs qui n’avaient jamais été développés, dormaient dans un grenier d’une ville proche de Saint-Pétersbourg.

Masha Ivashintsova est née dans une famille aristocratique dont les biens, y compris un luxueux appartement dans le centre de Saint-Pétersbourg, ont été saisis par les autorités après la Révolution russe de 1917.

Sa fille Asya Ivashintsova-Melkumyan raconte :

« Bien sûr, depuis le début je savais que ma mère prenait des photos. Ce qui est frappant, c’est qu’elle n’a jamais partagé ses œuvres avec personne, même pas sa famille.

Elle accumulait ses pellicules dans le grenier et les développait rarement, de sorte que personne n’a jamais pu apprécier les fruits de sa passion. Ces films sont restés dans le grenier de notre maison à Pouchkine jusqu’à récemment. Jusqu’à ce que mon mari et moi les découvrions (des photographies prises entre 1960 et 1999) et en développions quelques-uns. Ce que nous avons vu était stupéfiant.

Ma mère était très engagée dans le mouvement clandestin du Leningrad des années 1960-80. Elle a été amoureuse de trois génies de l’époque : le photographe Boris Smelov, le poète Viktor Krivulin et le linguiste Melvar Melkumyan, qui est aussi mon père. Son amour pour ces trois hommes, qui ne pouvait pas être plus différent, a défini sa vie, l’a consumée mais aussi déchirée. Elle croyait sincèrement qu’elle faisait pâle figure à côté d’eux et n’a donc jamais montré ses œuvres photographiques à qui que ce soit de son vivant. Comme elle l’écrivait dans son journal intime ! « Je n’ai jamais eu de souvenir pour moi, mais toujours pour les autres. »

Profondément malheureuse après des années passées dans des conditions éprouvantes dans plusieurs hôpitaux psychiatriques alors que le régime soviétique cherchait à uniformiser les gens et à les forcer à vivre selon les règles communistes, ma mère est morte dans mes bras en l’an 2000 à l’âge de 58 ans après une bataille contre le cancer.

Je considère ma mère comme un génie, mais elle ne s’est jamais perçue comme telle et n’a jamais laissé personne d’autre la voir pour ce qu’elle était vraiment. »

Moscou, URSS, 1987
© Masha Ivashintsova

Leningrad, URSS, 1979
© Masha Ivashintsova

Afin de valoriser cet important fond photographique et le diffuser largrlement, Asya Ivashintsova-Melkumyan a créé la galerie Masha à Vienne en Autriche où une exposition devrait avoir lieu à l’été 2018.

Vous pouvez retrouver de nombreux clichés sur le site Instagram :

Masha Ivashintsova

https://www.instagram.com/masha_ivashintsova/

Saint-Pétersbourg a changé plusieurs fois d’appellation : elle a été rebaptisée Pétrograd de 1914 à 1924, puis Léningrad de 1924 à 1991, avant de retrouver son nom d’origine à la suite d’un référendum en 1991. Source Wikipédia

Via : Petapixel.com

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