La MV.GALLERY (Paris 3e) présente du 24 mars au 29 avril 2012 un oeil rond a gelé, première exposition personnelle de Julie Fischer, jeune diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles.

Exposé lors des dernières Rencontres d’Arles, son travail a bénéficié d’une mention spéciale pour le prix Voies off et a notamment été montré au Salon de Montrouge 2011, au Lieu Unique durant la Quinzaine photographique nantaise et, plus récemment, dans le cadre du festival Circulation(S) consacré à la jeune photographie européenne en tant que coup de coeur SFR Jeunes Talents.

Rencontre fortuite d’un archaïsme déchirant et d’un alphabet délicat sur la surface des origines, l’œuvre de Julie Fischer reconsidère l’humanisme classique. De prime abord, l’effet stylistique, l’impact esthétique de son travail ne renverraient qu’aux grands maîtres du classicisme pictural. Tout pourrait s’arrêter là pour jouer l’œuvre de salon s’il n’y avait chez Julie Fischer cette insistance,
pire, cette pulsion à traquer, travailler la trace, les origines, le fouissement, le sacrifice et le mémorial.

Du documentaire finlandais, on bascule dans un récit initiatique que l’on associerait volontiers à la figure gionesque du Roi sans divertissement. Quelque chose blanc: dans la cosmogonie vertigineuse d’un espace-temps indifférencié, la dialectique nature/culture s’abîme. Qu’y célèbre-t-on? La perte, la résilience ou la régénération? Dans l’œuvre ainsi traversée par le sacrement, Julie Fischer, en éclaireur de mystères païens, se fait alors passeur.
Marine Veilleux

© Julie Fischer

Sous le ciel d’hiver finlandais, opaque et dense comme une immense boîte à lumière, je suivais les traces de quelques êtres persistant miraculeusement dans un environnement étrange et inhospitalier. Dans leurs empreintes, la vie s’estompait doucement sans disparaître toutefois, laissant le regard trouble et le corps pris de vertige. J’aurais voulu tendre la main pour retenir une apparition, effleurer un corps ou une portion de sol encore chaude… A défaut je photographiais
les reliquats de ce qui demeurait insaisissable, les formes dans lesquelles semblait s’accomplir le passage mystérieux du visible au caché, du solide au gazeux, du tangible au mental.

Le froid, puissance absolue d’immobilisation et de transfiguration, unifie les corps et l’espace sans les détruire, en les conservant. J’ai donc eu le sentiment d’un accomplissement, à photographier une surface sensible dans un environnement sourd, qui plus est foulé par des êtres muets… Jean-Paul Curnier formule ainsi cette incidence : «Le froid photographié est une sorte d’accomplissement du froid lui même.»
Quant à la mort, qui m’offrait soudain la possibilité de presser mon regard sur le corps immobile d’un être n’ayant pas tout à fait fini d’exister, je l’ai perçu comme une épiphanie.
Julie Fischer

© Julie Fischer

Sous la direction de Marine Veilleux, la MV.GALLERY, récemment installée dans le quartier du Haut Marais, cherche à promouvoir le travail de la nouvelle génération française. D’une superficie de 60 m2, la galerie-appartement invite à un parcours intimiste et conserve un caractère confidentiel proche du cabinet de curiosités. Il s’agit bien dès lors de pénétrer dans l’antichambre de la jeune création. Les plasticiens s’y rencontrent et s’y confrontent au fil d’expositions individuelles et protéiformes –
installations sonores, projections, photographies et papiers… – pour questionner l’identité contemporaine.

Informations pratiques

MV.GALLERY
39 rue Notre-Dame de Nazareth
75003 Paris
Métro: Temple; Arts et Métiers,
République, Strasbourg StDenis
Digicode: 45A19 – Interphone: Veilleux
Visite sur rendez-vous

Lien : www.mv-gallery.com

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