Joel Meyerowitz photographe de la ville et de ses mouvements

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La galerie Polka à Paris consacre un cycle rétrospectif de deux expositions au travail du grand photographe américain, Joel Meyerowitz.

Présentée en deux parties, le premier volet de ce cycle intitulé “Taking My Time” se concentre sur les travaux précurseurs de l’artiste, de l’aube des années 60 au milieu des années 70. Le second volet sera présenté du 7 janvier au 4 mars 2017.

L’exposition réunit une série d’images fondatrices, en couleur et en noir et blanc, qui déjà présagent de la suite en racontant Meyerowitz avant Meyerowitz.

A 25 ans, en 1962, l’américain croise par hasard — alors jeune directeur artistique dans une agence de publicité — un certain Robert Frank sur un shooting. Fasciné par sa gestuelle, il dira: “Je ne savais pas qu’on pouvait bouger à ce point et photographier en même temps.”

Joel MeyerowitzNew-York, 1975 © Joel Meyerowitz, Courtesy Polka Galerie.

C’est dans la rue que le jeune photographe commence par s’exercer à la photographie couleur avant de s’intéresser au noir et blanc.

“Tout ce que je voulais, c’était être dehors, dans les rues de New York. Mon premier appareil photo, prêté par mon patron, je l’ai chargé avec une pellicule couleur, sans penser une seule seconde qu’il pu y avoir une autre alternative…”

Photographiant les passants, les visages, les commerces, la vie bouillonnante de la rue de jour et de nuit, en pleine consécration du Pop art, comme Garry Winogrand qu’il croisait parfois à l’ouvrage dans le métro et à Manhattan.

Joel MeyerowitzNew York, 1963 © Joel Meyerowitz, Courtesy Polka Galerie.

Des États-Unis à l’Europe, des rues de New York et Paris aux plages silencieuses de la Californie, de l’Espagne et du Pays de Galles ou encore en road-trip sur la route des vacances américaines au temps de la guerre du Vietnam, Meyerowitz le chasseur va peu à peu transformer son exercice photographique en performance physique.

Les deux yeux ouverts, sans jamais forcer le destin, à la recherche de ce qu’il appelle des énergies, des interactions entre des personnages anonymes, des villes, des bâtiments, des installations, des espaces naturels artificiels que l’on découvre figés et secrets.

Joel MeyerowitzNew York, 1963 © Joel Meyerowitz, Courtesy Polka Galerie.

Avec la couleur, le photographe assume le risque d’un nouveau langage : celui de la pellicule Kodachrome et sa proximité parfois dangereuse avec le réel. Le bouleversement sémantique induit par cette nouvelle couche de données par rapport au noir et blanc l’incite à s’intéresser aussi au contexte de ses images.

L’image parle forcément de ce qu’il y a autour : “Ce que tu mets à l’intérieur et ce que tu mets à l’extérieur du cadre déterminent le sens et surtout le potentiel de l’image. C’est, je crois, ce qui rend la photographie à ce point humaine et romantique.”

joel_meyerowitz-04Wyoming, 1964 © Joel Meyerowitz, Courtesy Polka Galerie.

Joel Meyerowitz

Né en 1938 dans le Bronx à à New York, le photographe Joel Meyerowitz s’inscrit dans la lignée d’Henri Cartier-Bresson et Robert Frank. Il a été dans les premiers aux côtés de Stephen Shore et William Eggleston a privilégier la pellicule couleur à une époque où le noir & blanc était roi.

Joel Meyerowitz a publié plus d’une douzaine de livres et une rétrospective de son oeuvre, “Taking my time” a été éditée par les éditions Phaidon en 2010.

Publié en 1978, son premier livre “Cape Light”, devenu un classique de la photographie couleur a été vendu à plus de 150 000 exemplaires. En 1983, son ouvrage “Wild Flowers” lui permet de replonger avec humour dans la ville et ses rituels, aux Etats-Unis, au Mexique, en France, en Espagne et au Maroc, à travers l’exploration de la nature urbaine et de quelques-uns de ses jardins sauvages.

En 1994, il est le co-auteur de Bystander: A History of Street Photography, un livre devenu aujourd’hui une référence.

Dès le début des années quatre vingt dix, Joel Meyerowitz va dépasser la photographie de rue pour se tourner le portrait avec “Redheads” en 1991, le paysage avec “Tuscany : Inside the Light” en 2003 et enfin l’étude des harmonies chromatiques au profit d’une oeuvre plus contemplative.

Plus récemment, il a passé trois ans à capturer les derniers espaces naturels de la ville de New York. Une sélection d’images issues de ce travail a été exposée au Musée de la Ville de New York (2009-10) et a été publiée dans “Legacy: The Preservation of Wilderness in New York City Parks” (Aperture, 2009).

L’artiste a été le seul photographe à pouvoir accéder aux ruines du World Trade Center juste après le 11 septembre 2001. Les images capturées à cette occasion sont une archive inestimable et une témoignage sans égal de l’histoire de Ground Zero. Elles ont été exposées dans plus de 200 villes et 60 pays.

Il a par ailleurs produit et dirigé son premier film en 1998, Pop : le journal de son road-trip de trois semaines avec son fils, Sasha, et son père vieillissant, Hy.

Parmi les principales exposition autour de son travail, peuvent être mentionnées celle de la Eastman House de Rochester en 1996 ainsi que « My European Trip » au Musée d’Art Moderne de New York en 1968. Joel Meyerovitz a représenté les Etats-Unis au sein de la Biennale d’Architecture de Venise en 2002 et a reçu plus d’une douzaine de prix, dont la bourse du Guggenheim et le “Deutscher Fotobuchpreis”.

Ses oeuvres sont visibles dans de nombreuses collections publiques américaines, notamment au sein du Musée d’Art Moderne, du Metropolitan et du Whitney Museum of American Art à New York. Une importante rétrospective de son travail a également été organisée par la Maison Européenne de la Photographie en 2013.

Informations pratiques

Joel Meyerowitz “Taking my time”
1ère partie

Exposition du 5 novembre au 21 décembre 2016

Polka Galerie
Cour de Venise
12, rue Saint-Gilles
5003 Paris

http://www.polkagalerie.com/

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A propos de l'auteur

Auteur : Antony Barroux. Depuis juillet 2006, Pixfan traite de l’actualité de la photographie : expositions, astuces et découvertes de photographes connus ou en devenir.

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