L’auteur-photographe perpignanais, Jean-Christophe Milhet s’est intéressé au mouvement de retour à la ruralité, il présente à Perpignan des portraits néo-ruraux heureux.

S’inscrivant dans le mouvement de retour à la ruralité commencé dès 1975, les néo-ruraux ont des parcours différents selon leur période d’installation, mais aussi et surtout selon leurs origines, leur histoire, leurs besoins : rejet d’un système, volonté de retour à la nature, recherche de bien-être, de simplicité… Nombreuses sont les raisons qui ont poussé ce qui vont devenir des néo-ruraux à s’implanter en zones rurales.

Une installation qui aura permis la renaissance de villages dont certains avaient quasiment disparu à la fin des années 60-70 et qui, grâce à l’arrivée et l’implication de ces nouveaux habitants, revivent : agriculteurs, commerçants, bénévoles associatifs ou simple citoyen, tous à leur manière favorisent un nouveau développement des campagnes.

Jean-Christophe Milhet présente « Néo », une exposition composée de 22 images dont 11 portraits et 11 scènes de vie. Chaque portrait est accompagné d’une légende expliquant sommairement l’histoire du sujet photographié.

Spécialisé dans le reportage social et environnemental, Jean-Christophe Milhet travaille sur le lien entre l’Homme et la nature, son environnement, les interactions positives ou négatives avec son écosystème, au travers de métiers et de passions.

Sur mer, terre, en forêt ou en plaine, il tente d’apporter un regard différent en s’immergeant au coeur de l’action, à la rencontre de l’humain, de ses préoccupations. Cette proximité permet de donner à comprendre la complexité du quotidien, de ses évolutions, de témoigner de ce qui nous entoure.

Jean-Christophe MilhetM. Bernard Bailleux, néo-rural habitant à Nyer
© Jean-Christophe Milhet

Comment ce projet est-il né ?

Jean-Christophe Milhet : Chaque année je me réserve du temps pour réaliser un projet personnel, ce qui implique une première difficulté puisque que l’agenda de ces projets est soumis aux aléas des nouvelles commandes de clients, de mon agence, de l’actualité…etc… Ainsi, en 2011 j’avais réalisé un travail sur la forêt méditerranéenne (une forêt d’Hommes), en 2012 sur la filière liège…etc… chacun de ces projets aboutissant à une exposition, voire une publication.

Ces sujets et leur genèse provenant souvent d’une simple curiosité, mais là, on touche à mon tempérament, en effet, si quelque chose m’interroge, m’intrique ou me questionne, il faut que je sache, et du fait de mon métier, que je le photographie.

L’année dernière, en 2015, j’ai donc voulu m’intéresser à la néo-ruralité pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que ce phénomène de retour à la terre (mais pas que), de retour à la ruralité m’interroge, faisant probablement échos aux interrogations d’un amoureux de la nature mais un amoureux de la nature très urbain et qui n’envisage pas de quitter le confort de sa ville… Mais aussi car j’avais l’impression que le terme « néo-rural » était très connoté, pas forcément positif, et qu’il méritait une petite série photo pour illustrer ce qu’est vraiment un néo-rural, si le terme peut définir un profil type ou si, bien au contraire et c’est ce que j’ai découvert, englobe des profils, caractères, histoires, ages, motivations (…) incroyablement différents. J’aime bien ces sujets presque plus ethnographique ou sociologique que simplement photographique, mettre l’Homme au centre de nos interrogations…etc…

Quelles difficultés as-tu rencontré ?

Dans la manière, j’ai commencé par définir le profil « officiel » du Néo, selon l’IPSOS, à savoir un habitant d’un village de plus de 2000 habitants déménageant dans un village de moins de 2000 habitants situé à plus de 50km du premier. Puis j’ai contacté beaucoup d’amis vivant en milieu rural afin qu’ils me transmettent les contacts de néo qu’ils pouvaient connaitre, puis j’ai fait quelques appels sur le web. Mais c’est le bouche à oreille qui a le mieux fonctionné.

Dans les rencontres, je n’ai vu que des gens super, j’ai toujours été très bien reçu et n’ai essuyé que très peu de refus. Je me suis aussi enrichi au contact de gens aux projets géniaux ou aux histoires incroyables, je pense par exemple à Antonin Moisan qui produit du vin en essayant de réduire au maximum son empreinte carbone, au point de n’être raccordé à aucun réseaux (eau, électricité) et à utiliser un cheval plutôt qu’un tracteur pour le travail de la terre…

Ou à Bernard Bailleux un ancien 68ard dont l’histoire est passionnante et qui a essuyé les plâtres puisqu’il fut mon premier « néo » de la série, au moment ou j’hésitais encore entre l’utilisation d’une seule ou de deux focales (une pour les portraits, l’autre pour les « scènes »)…
Le plus dur fut de trouver les sujets les plus différents, il aurait par exemple été facile de ne photographier que des éleveurs mais à quoi bon…

Comment as tu travaillé ?

Côté technique, je suis allé à l’essentiel. mon Canon 5D3 et son 35 1.4, c’est tout, pas de flash, pas de filtre, pas de trépied, juste une charte de gris pour les portraits histoire de gagner du temps et de se simplifier le travail surtout pour les photos sous néons puisque ce sont mes « néo » qui ont choisi le lieux de réalisation de leur portrait. Si j’ai choisi le 35mm, outre le fait que c’est la focale qui me sied le mieux, de toute, c’est aussi pour sa souplesse et la possibilité avec elle seule de réaliser portrait et scène de vie/d’action.

J’ai aussi utilisé un enregistreur Tascam pour les interview afin de retranscrire au plus juste les légendes, l’idée étant de poursuivre la série pour augmenter encore et toujours le nombre de néo et peut être réaliser un livre sur le sujet. J’ai dores et déjà quelques rendez-vous pris pour de nouvelles séances.

Côté bonne nouvelle, je dois dire que Naturimages (mon agence) à bien joué le jeu, en mettant en avant sur sa plateforme certains portraits, ce qui a abouti à quelques commandes de sujets/portraits (texte + image) ou publication à venir, pour des magazines, et qui m’encourage d’autant plus à poursuivre le projet.

Reste à voir l’accueil que recevra cette exposition, pour sa première sortie.

D’autant plus que j’ai pris le parti d’exposer en format 5:3 (contrairement aux images de mon site qui sont en 2:3), pour avoir quelque chose de plus panoramique, moins statique que les classiques formats du portrait tel le 1:1 ou le 4:3. Mais qui colle bien aux scènes de vie, justement pour son dynamisme…

Informations pratiques

NéO
Jean-Christophe Milhet

Exposition du 1er au 31 Mars 2016
Vernissage le 4 mars 2016

Brasserie La Boc
3 rue Marceline Desbordes Valmore
66000 Perpignan

Lien : www.jcmilhet.com

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