La Maison de l’Amérique latine réunit du 12 février au 30 avril 2016 trois générations de photographes chiliens avec l’exposition Faces cachées.

Ancrés dans un pays à l’histoire tourmentée, les travaux de ces photographes possèdent une valeur artistique expressive et originale. Chacun a puisé dans l’expérience intime de sa relation au pays, avec ses territoires humains, ses contrastes, son histoire et est allé à la recherche de ce que l’on ne veut pas voir, qui n’est plus ou a disparu.

L’exposition est une tentative de lever le voile sur les coins d’ombres d’un Chili oublié, mais bien vivant. La mémoire est-elle une source pour l’avenir ? La marge tient-elle la page ?

Ainsi, Zaïda González (1977) met en lumière les images d’un Chili underground et transgressif. Elle intervient avec des encres aquarelles sur ses photographies noir et blanc, afin de leur donner une toute autre dimension temporelle et d’atténuer la portée de la charge critique qu’elles véhiculent.

Claudio Pérez (1957) revisite les mythes et rituels du Chili. Entre ethnologie et archéologie contemporaine, son regard scrute le réel et ses photographies telles des pièces à conviction, parfois énigmatiques, transcendent la surface des choses pour en délivrer une vision complexe et inspirée.

Luis Navarro (1938) partage la vie des gitans chiliens depuis des décennies. Se focalisant particulièrement sur les femmes, il dresse le portrait d’un groupe humain minoritaire vivant à des milliers de kilomètres des terres qui l’ont vu naître et qui parvient, malgré tout, à maintenir ses coutumes et sa culture.

Les frères Alvaro Hoppe (1956) et Alejandro Hoppe (1961) dans la pure tradition du photoreportage militant, extraient de façon criante tout ce qui peut faire sens dans la rue, traduction visuelle de la période tendue et tragique des années 1980.

Enfin, Leonora Vicuña (1952) convoque par la vidéo et l’intervention plastique, les mondes souterrains et ancestraux du Chili. Entre revendication et lutte pour la préservation de la mémoire et de l’identité du peuple Mapuche, construit à la façon d’une trouble affaire policière, dont le point de départ est une photographie où quelqu’un a volontairement effacé le visage de l’un des protagonistes, son travail oscille entre document et fantasmagorie chamanique.

Couverture : Claudio Pérez, Procesión, Estación San Pedro, du livre Ritos y Memoria, Chile, 2005. Courtesy Galerie NegPos.

Zaïda GONZALEZ

Né en 1977 à Santiago du Chili, elle étudie la photographie publicitaire à partir de 1997. Elle n’exerce pourtant à aucun moment cette profession dans laquelle elle ne se retrouve pas. Suite à cette désillusion, elle se décide à développer une œuvre personnelle. Elle instaure une esthétique et un monde propre à elle-même, entremêlant scènes oniriques et esthétique populaire.

Elle aborde sans complexe, maniant avec habileté l’ironie et le sarcasme, et presque de façon militante, des thèmes sensibles de la société chilienne : l’avortement, la religion, les relations de couples standardisées par le mariage et leur machisme inhérent, l’homosexualité.

Elle utilise la photographie en noir et blanc sur laquelle elle intervient a posteriori en coloriant ses images avec une encre aquarelle. Elle participe au collectif de photographes féminin Macrodosis. Elle a exposée dans plusieurs galeries de Santiago du Chili (Galerie AFA, Galerie ARCOS), dans de nombreux festivals et foires en Amérique Latine, en Europe et aux Etats-Unis. Elle a fait partie des nominés du prix de la jeune photographie en 2007 (Santiago du Chili). Elle obtient en 2013 le prix « Rodrigo Rojas de Negri » de la jeune photographie chilienne et est représentée en France par la Galerie NegPos (Nîmes).

Alvaro HOPPE

Né 1956 à Santiago du Chili et adepte du reportage, il se concentre principalement sur le milieu urbain dans un registre de situations spontanées. Son appareil photographique a décrit les moments les plus durs du régime militaire. Il a aussi capturé des épisodes particuliers de la période intense de transition à la démocratie, racontant par ses photographies des événements et des émotions qui sous forme écrite auraient été censurées.

Il a montré ses travaux à de nombreuses occasions et dans différents pays : Chili, Espagne, Equateur, Etats-Unis, Argentine. Il a reçu le Prix Némesis (Université du Pacifique, 2002), le Prix Ansel Adams (Institut Chilien – Nord-Américain de Culture et Photo Ciné Club du Chili, 2003) le Prix Altazor (Art Visuel – Photographie, 2004), le Premier Prix de Photographie d’Humour (décerné par le magazine The Clinic, 2005), le Premier Prix du concours « Art et Ville » (mention Education, 2005).
Il a publié avec Gonzalo Leiva le livre Un Ojo en la historia, soutenu par le Fonds de Développement des Arts et la Culture, (Fondart, 2003).

Faces cachées© Alvaro Hoppe, Santiago, du livre Chile desde adentro, Chile, 1983
Courtesy Galerie NegPos

Alejandro HOPPE

Né 1961 à Santiago du Chili, il début sa carrière de photographe à 21 ans et se spécialise dans le photojournalisme. Son travail décrit la dure réalité du Chili pendant la dictature militaire.

Grâce à une sensibilité aigüe qui fait de lui un observateur attentif de la vie quotidienne, ses photographies se retrouvent dans les pages de grands médias.

Il a participé à de nombreuses expositions collectives et individuelles, qui ont également fait partie de plusieurs publications, telles que « Por la Paz de Chile » de la Fondation Salvador Allende, « Gracias al Mundo », de la la Commission des Droits de l’Homme; « Chile From Within », édité par Susan Meiselas. Il participe à Vème Biennale photo de Vigo en 1992, Segovia (Espagne). Il participe à l’exposition collective « La Memoria Oxidada », 1997 à Modena (Italie).

Au cours de sa longue carrière de photographe, il a été honoré par des prix tels que la mention spéciale Photo Essay « Chile Hoy » Casa de las Americas, à Cuba; mention honorable catégorie documentaire  » Visión Fotográfica, 20 años de la Historia de Chile » de Masterclub; meilleur Photographe de presse de l’année (92), décerné par l’Union des Photographes et cameramen du Chili.

Faces cachées© Alejandro Hoppe, Tribunal militaire, Santiago, du livre
Chile desde adentro, Chile, 1987
Courtesy Galerie NegPos

Luis NAVARRO

Né 1938 à Antofagasta, il a suivi des études supérieures dans les beaux-arts à l´Universidad del Norte, et a pris des cours de spécialisation de photographie professionnelle, photo couleur et diapositive (Kodak).

Il a travaillé comme photographe pour l´Archevêché de Santiago (1976-1981), correspondant pour In These Times de Chicago, agence K.N.A de Francfort (1978-1981), photographe du journal chilien La Época (1986-1988), éditeur photographique du journal Fortín Mapocho (1991-1993), photographe du festival mondial de théâtre (1993), photographe du concours d´art dramatique national (1995-2003).

Il a également publié une série de livres, parmi lesquels les plus importants sont : Lonquén, Aventuras de una fe, Presencia de un niño en América, El Papa Juan Pablo II, Primer y Segundo Anuarios de la Fotografía Chilena, Síntesis del Informe Rettig, Fotógrafos latinoamericanos en la Universidad de Rábida, 50ème Anniversaire de la Déclaration des Droits de l´Homme et Geografía poética de Chile.

Ses expositions ont été présentées en France, en Équateur, en Argentine et au Chili. En 2011, il obtient le prix Altazor.

Claudio PEREZ

Né en 1954 à Santiago du Chili, il est à la fois photographe, graphiste, éditeur, commissaire d’exposition, co-fondateur d’agences de presse, enseignant et défenseur des droits de l’Homme et de la mémoire vivante.

Il est l’auteur de certaines des images les plus emblématiques de la lutte contre la dictature dans les années 1980. Il travaille sur l’histoire et l’identité du peuple chilien. Il a reçu de nombreux prix et bourses, dont le 1er prix de photographie de journalisme Mastercard (1987), la bourse Hasselblad de Suède (1996) qui lui permet de publier Andacollo: Rito pagano después de la siesta; et deux bourses Fondart (bourse de l’état chilien) pour le projet Muro de la Memoria (Santiago du Chili, 2002).

Il expose fréquemment au Chili, aux Etats-Unis et en Europe. En 2003, Il est commissaire d’exposition de l’exposition Chili 30 años, 1973-2003 qui a ouvert le festival international de photographie de Rome et a terminé son périple au Musée d’Art Contemporain de Santiago du Chili (MAC) en 2003. Il publie dans les revues Gatopardo (Colombia), WOW Internacional et Letras Libres (Mexique), Newsweek (USA) et L’Express (France).

Leonora VICUÑA

Né en 1952 à Santiago du Chili, elle réside à Paris entre 1973 et 1978 où elle étudie les sciences sociales. À son retour au Chili, elle réalise des études de photographie professionnelle à l´Ecole Foto Arte de Santiago où elle obtient son diplôme en 1979. Plus tard, en l´an 2000, elle obtiendra son diplôme de réalisatrice multimédia à l´École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle de París (ESRA).

Elle revient ensuite en France en 1983 où elle participe à plusieurs projets d´animation et montage de cinéma, comme le long-métrage The Rainbow Thief d´Alejandro Jodorowsky. Puis, rentrée au Chili en 2001, elle s´installe à Carahue, dans le sud du pays, où elle travaille comme professeur de photographie à l´Universidad Mayor, Universidad Diego Portales et Universidad Autónoma de Temuco.

Elle a obtenu les bourses Amigos del Arte en 1981, Fondart national en 2001 et 2006, Fondation Andes, en 2002, et Fondart régional en 2006. En 2010, elle remporte le Prix Altazor.

Ses photographies ont été publiées dans des livres, des revues, des cartes postales, programmes de télévision au Chili et à l´étranger. Certaines de ses images font partie des collections publiques de musées tels que le Musée du Château d´Eau, à Toulouse, le Cabinet des Estampes à Paris et le Musée des Amériques à Denver, Colorado, Etats-Unis.

Faces cachées© Leonora Vicuña : Koyom – Cullinco de la série Domus Aural, Chile 2010.
Courtesy Galerie NegPos

Informations pratiques

Faces cachées
photographie chilienne 1980-2015

Exposition du 12 février au 30 avril 2016
Vernissage jeudi 11 février 2016

Du lundi au vendredi de 10 à 20h, samedi de 14h à 18h.
Fermé les dimanches et jours fériés.
Entrée libre.

Maison de l’Amérique latine
217 Boulevard Saint-Germain
75007 Paris

Lien : www.mal217.org

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