Poursuite de notre série consacrée au portrait. David Ken raconte les coulisses du portrait du mannequin américain Alyssa Miller pour la marque de prêt-à-porter Jacob.

Alyssa Miller

Qui ? : Alyssa Miller
Où ? : Près du Sacré-Cœur
Quand ? : En juillet 2009
Pourquoi ? : Campagne publicitaire JACOB
Comment ? : Au petit matin d’un Paris tranquille livré aux balayeurs

Photographier un top-model ou raconter une histoire ? Le mieux c’est les deux.
Scène 1 et unique : extérieur jour, petit matin, à proximité du Sacré-Cœur, petit square typiquement parisien aux allées pavées brillantes de rosée, personne à l’horizon… [On veillera à la présence de deux ou trois pigeons et de quelques nuages]. Une balayeuse de voirie de la ville de Paris, ses deux agents en combinaison de travail verte. Les brosses s’activent dans le caniveau. Non loin de là, une jeune fille seule assise sur un banc, capuche rabattue sur les cheveux, manteau noir court, chic et girly, confortable. Pour éviter de l’arroser, le conducteur stoppe sa machine avant d’arriver à la hauteur du banc. Dérangée dans ses pensées ( ?) la jeune fille se lève et se dirige vers moi. Soudain le temps s’arrête. Un ange passe, léger, subtil. Les pigeons hésitent à prendre leur envol. Les deux balayeurs sont bouche-bée d’admiration, figés par la beauté de la jeune fille, par sa grâce innée.
Dans cet instant suspendu je photographie Alyssa Miller. Nous sommes là pour une séance de shooting pour la marque Jacob. Mettre en valeur des vêtements, c’est boulot-boulot ; si je ne saisis pas ce moment de grâce offert par Alyssa, tout à l’heure nous serons pris par le job et l’ange sera passé. On ne double pas ce genre de moments, c’est capté ou loupé.
La balayeuse reprend son chemin comme un gros insecte bourdonnant puis s’arrête à ma hauteur : « Elle est belle M’sieur, qu’est-ce qu’elle est belle ! » Les pigeons s’envolent.

Extraits du livre « Trait pour traits » en préparation avec Nicolas Gouzy

Avec Jean Rochefort, Steven Spielberg, Naguy, Nikos Aliagas, Philippe Bouvard, Stéphane Bern, Pierre Boulez, Yvan Le Bolloch, Corentin Carpo, Margot , Bernard Pivot, Clotilde Courau, Alyssa Miller, Olivier Marchal, Zinedine Zidane, Lucienne, Marco Prince, Aydrey Tautou, Arthur, Patrick M’Boma, Michel Cicurel, Estelle , Djimé Coulibaly, Sidney Beau Jack Walker…

Le jeu de deux « je ». Pour Nicolas, David est un œil qui parle. Pour David, Nicolas est une plume qui écoute. L’important est qu’ils se soient mis d’accord afin de rester à l’écoute l’un de l’autre. Leur pari commun est de trouver, puis de conserver, le bon équilibre où image et texte parleraient d’une même voix. Leur secret est de partager l’émotion d’un portrait vu, raconté puis écrit, pour ce qu’il dit d’une rencontre inhabituelle, heureuse, parce qu’il parle des petits riens et des grands bonheurs, parce qu’il révèle de vraies personnes vivantes cachées derrière des célébrités. Tôt chaque matin David parle, raconte une image ; il se souvient des bruits, des odeurs, des couleurs, des paroles, des atmosphères. Il amorce une histoire que Nicolas poursuit. David brosse les grandes lignes, dirige le texte comme un metteur en scène. Il met en avant les ironies dramatiques, les hasards généreux contenus dans chacun des portraits choisis. Il est alors temps pour Nicolas de traduire le tout sur une page, de capter les miroitements d’une parole dans l’encre de ses mots. Pour Nicolas, David est un regard qui se raconte. Pour David, Nicolas est un texte qui se donne à voir. Quelques traits de plume rehaussant les traits de dizaines de visages ; un jeu de lumières épaulé de jeux de mots. Traits pour Traits.

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